La fille unique du roi d’Arabie Saoudite, Hassa Bint Salmane, a été condamnée, cette semaine par le tribunal correctionnel de Paris, à 10 mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende.

Le tribunal est allé au-delà des réquisitions du parquet, qui avait réclamé 6 mois et 5 000 euros lors du procès, en juillet. Le garde du corps de Hossa Bint Salmane, Rani Saidi (photo, milieu) a également été reconnu coupable de violences et séquestration. Il écope de 8 mois avec sursis et 5 000 euros d’amende.



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« Justice est faite, s’est réjoui Ashraf Eid. Heureusement que nous sommes en France. La République protège correctement ses citoyens y compris face aux puissants. Je suis fier d’être français », a déclaré au Point l’artisan d’origine égyptienne. En 2016, Le Point révélait qu’un plombier parisien avait déposé plainte après avoir été menacé de mort, frappé et retenu contre son gré par un garde du corps sur ordre de la fille du roi d’Arabie saoudite.

Les faits

Le 26 septembre 2016, Hassa Bint Salmane avait surpris le plombier, portable en main, le doigt sur la fonction appareil photo. Selon elle, il prenait des photos de la princesse pour les revendre à la presse. La princesse avait alors appelé son cerbère à son « secours. » L’artisan assure alors avoir seulement mémorisé son chantier afin de remettre tout en ordre une fois les travaux terminés. L’homme de main a demandé à l’artisan de s’excuser auprès de la princesse et de lui embrasser les pieds, le tout sous la menace d’une arme de poing posée sur la tête. L’artisan refuse.

Lors du procès, l’assistant personnel faisant office de garde du corps, dirigeant de la société « Attila sécurité », a fermement nié toute violence, en dépit de traces sur les poignets et d’ecchymoses sur le visage du plaignant, qui s’était vu prescrire une ITT (incapacité totale de travail) de 5 jours.

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Garde à vue écourtée

La fille unique du roi d’Arabie saoudite a été placée dès septembre 2016 en garde à vue dans son hôtel particulier de 5 étages situé avenue Foch, dans le 16e arrondissement de Paris. Elle était libre près d’une heure plus tard, à la demande du parquet de Paris et sa section P12, en charge des flagrants délits.

Avant toute mesure de contrainte, les policiers avaient pourtant pris soin de s’enquérir de son statut diplomatique ainsi que de celui de sa résidence de l’avenue Foch, propriété du roi d’Arabie saoudite. Le Quai d’Orsay avait rapidement répondu qu’elle ne bénéficiait d’aucune immunité diplomatique, pas plus que son hôtel particulier de l’inviolabilité. Et ce alors que des fonctionnaires de l’ambassade saoudienne à Paris s’étaient dépêchés de livrer un passeport diplomatique ad hoc aux policiers venus perquisitionner. Les Affaires étrangères avaient précisé plus tôt que ce prestigieux sésame, contrairement aux idées reçues, ne conférait aucun privilège.

Absence de la princesse

Malgré l’absence d’immunité, sa garde à vue avait été cependant écourtée. Cette étonnante mansuétude n’a pas échappé aux magistrats de la cour d’appel de Paris, lesquels dans un des actes de procédure de ce dossier « sensible », suivi par la cellule diplomatique de l’Élysée, avaient livré un cinglant réquisitoire à destination du procureur de la République de Paris, François Molins :

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« Il apparaît (…) que ce dossier (…) a subi un traitement hors du commun puisque la personne au domicile de laquelle les faits dénoncés ont été commis et qui avait autorité nécessaire pour les empêcher a bénéficié d’une levée de sa garde à vue avant même qu’elle ne soit entendue par les enquêteurs. Ce traitement d’exception a permis à l’un des auteurs potentiels d’échapper à la justice française avant même que la lumière ne soit faite sur les circonstances de commission des infractions dénoncées et alors que son témoignage était particulièrement crucial (…). De tels événements sont de nature à donner le sentiment aux personnes impliquées qu’elles sont au-dessus des lois de la République. »

Visée par un mandat d’arrêt depuis décembre 2017, Hassa bint Salmane, 42 ans, n’avait pas assisté à son procès et n’était pas présente pour le délibéré.

Pour Lisa Janaszewicz, avocate de Hassa bint Salmane, « la décision du tribunal correctionnel est d’autant plus incompréhensible que la véritable victime dans cette affaire est la princesse. En filmant la princesse à son insu, M. Eid a porté atteinte à l’intimité de sa vie privée. Par ailleurs, elle a subi deux années de procédure exclusivement à charge ainsi qu’un traitement médiatique qui a injustement altéré son image. »

Avec Lepoint