Le ministre des finances, Bruno Le Maire, a annoncé jeudi 12 septembre que la France refusait d’autoriser le développement « sur sol européen » du libra, la cryptomonnaie que Facebook veut lancer en 2020.

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 « La souveraineté monétaire des Etats est en jeu », a affirmé le ministre à l’ouverture d’une conférence de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) consacrée aux défis des cryptomonnaies, sans préciser cependant quelles mesures concrètes il souhaitait engager pour empêcher le déploiement du libra en Europe.

Lors de son discours, Bruno Lemaire a qualifié de « systémiques » les risques que pourrait entraîner cette « privatisation éventuelle d’une monnaie (…) détenue par un seul acteur qui a plus de 2 milliards d’utilisateurs sur la planète ». « Toute défaillance dans le fonctionnement de cette monnaie, dans la gestion de ses réserves, pourrait créer des désordres financiers considérables », a justifié M. Le Maire, redoutant également que le libra se substitue à la monnaie nationale dans les Etats où la devise est faible ou connaît une forte dévaluation.

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Qui plus est, a ajouté le ministre, « je ne vois pas pourquoi nous portons autant d’attention depuis des années à éviter toute utilisation d’une monnaie pour le blanchiment et pour la lutte contre le financement du terrorisme, et qu’une monnaie numérique comme libra échapperait à ces obligations ». « Je veux le dire avec beaucoup de clarté : dans ces conditions, nous ne pouvons pas autoriser le développement de la libra sur le sol européen », a-t-il conclu.

Facebook avait annoncé en juin sa volonté de lancer la cryptomonnaie libra en 2020 – dont la gestion doit être assurée par une fondation rassemblant de multiples acteurs et entreprises, depuis la Suisse. L’entreprise n’a pas encore dévoilé tous les détails du projet, mais a déjà expliqué que les libras pourraient être achetés en ligne avec tout type de devise, mais aussi en liquide dans des points de vente physiques – il n’y aura pas besoin de compte en banque pour en posséder.

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Facebook veut faciliter le transfert d’argent entre deux personnes par l’intermédiaire de cette monnaie, qui servira aussi à acheter des biens et des services. L’entreprise promet des transactions instantanées et peu coûteuses, et assure que la monnaie ne sera pas volatile, car elle s’adossera à une réserve de monnaies et de valeurs relativement stables, comme des dollars et des euros.

Ce projet a cependant déclenché nombre d’interrogations et d’inquiétudes, la puissance de frappe de Facebook étant inégalée – le réseau social compte plus de 2 milliards d’utilisateurs actifs, mais l’entreprise possède aussi les applications ultrapopulaires WhatsApp et Instagram. Les ministres des finances du G7 avaient, en juillet, annoncé leur intention d’« agir rapidement ». « Nous ne pouvons accepter qu’un instrument d’échange se mette en place alors qu’il ne respecte aucune des règles prudentielles que nous imposons à toutes les monnaies souveraines », avait alors déclaré M. Le Maire.

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Son homologue américain, Steven Mnuchin, avait, de son côté, lancé un avertissement à l’entreprise américaine : « Le Trésor a de très grandes inquiétudes sur le libra, qui peut être mal utilisé pour blanchir de l’argent ou financer le terrorisme. »

Avec Le Monde