C’est un signal fort qui a été envoyé contre l’impunité des groupes armés en République Démocratique du Congo (RDC). Au terme d’un procès qui a duré deux ans, Ntabo Ntaberi, alias « Sheka« , a été condamné à la perpétuité pour « meurtre, viol, esclavage sexuel, enrôlement d’enfants de moins de 15 ans ».
Alors que l’Est du pays est ravagé par l’insécurité depuis plus de 25 ans, la condamnation de l’ancien chef de guerre par un tribunal militaire à Goma est un premier pas pour la réparation des nombreuses victimes du conflit.
« L’Est de la RDC n’avait encore jamais connu un procès d’une telle envergure. Dans tous les cas, on vient de vivre un moment historique. Sheka a été reconnu coupable pour crime de guerre, c’est quelqu’un que personne pensait voir un jour sur le banc des accusés donc juste pour ça, c’est un énorme pas à l’avant pour la justice » s’est réjouie Elsa Taquet, conseillère juridique de la région Grands Lacs pour TRIAL International.
La défense n’a pas fait savoir si elle ferait appel ou non.
Avant de se rendre aux Casques bleus de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco) en 2017, « Sheka » avait dirigé la milice (NDC), le Nduma Defense of Congo. Sous couverture d’une lutte contre les rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) dans le Nord-Kivu, il s’était livré à des exactions contre des populations de la région de l’Est de la République Démocratique du Congo.
Avec trois co-accusés, il était poursuivi pour des crimes graves contre les civils, notamment des femmes et des enfants entre 2010 et 2017 dans le territoire de Walikale. « Entre le 30 juillet et le 2 août 2010, des attaques contre 13 villages (…) avaient fait 287 morts, alors que 380 femmes, hommes et enfants avaient aussi été violés. Le NDC a, en outre, recruté au moins 154 enfants dans ses rangs », selon le communiqué des Nations unies qui avait mené une enquête. Parmi les trois co-accusés, l’un a également été condamné à perpétuité, un autre à 15 ans de prison et le dernier a été acquitté, selon le verdict rendu par la cour militaire opérationnelle du Nord-Kivu.
