En croquant Nokia, Microsoft se lance dans la téléphonie mobile

Microsoft veut frapper fort pour combler son retard sur le segment des mobiles. Le groupe informatique américain a annoncé, mardi 3 septembre, son intention de racheter la division terminaux et services de Nokia. Division qui inclut notamment l’activité smartphones. Le montant global de l’opération – qui comprend aussi l’acquisition de licences pour l’utilisation de brevets – s’élève à 5,4 milliards d’euros.

Ce rachat s’inscrit dans un vaste processus de transformation de Microsoft, d’une entreprise centrée sur les logiciels (son système d’exploitation Windows et sa suite bureautique Office) vers une société de “terminaux et services”. Son annonce intervient aussi dix jours à peine après celle, inattendue, du prochain départ de Steve Ballmer, qui avait succédé, en 2000, à Bill Gates à la tête du groupe.

Une fois le rachat effectué, au premier trimestre 2014, plusieurs dirigeants de Nokia rejoindront Microsoft. A commencer par le PDG, Stephen Elop, qui abandonne ses fonctions chez le groupe finlandais. Et qui figure dans la liste des possibles successeurs de M. Ballmer.

Plusieurs virages stratégiques majeurs ratés

Autrefois première capitalisation boursière mondiale, l’entreprise de Redmond a raté, ces dernières années, plusieurs virages stratégiques majeurs. A commencer par l’émergence des smartphones, à la suite de l’arrivée, en 2007, de l’iPhone d’Apple, puis du système Android de Google. Très vite dépassé par ses rivaux, Microsoft occupe, sur le marché des logiciels d’exploitation pour smartphones, une lointaine troisième place, avec une part de marché inférieure à 4 %, selon le cabinet IDC.

Début 2011, la société avait conclu un partenariat d’envergure avec Nokia, prévoyant que l’ensemble des smartphones produits par le finlandais soient équipés de Windows Phone 8, la dernière version de son système d’exploitation mobile. Microsoft comptait sur ce soutien pour inciter d’autres fabricants à choisir sa plate-forme.

Las, les résultats restent pour l’instant mitigés. Les ventes de Windows Phone 8 ont, certes, progressé, mais les gains en part de marché, notamment sur le segment des terminaux haut de gamme, demeurent faibles. Surtout, ils n’ont pas été suffisamment marqués pour convaincre Samsung, HTC ou d’autres constructeurs de soutenir le système de Microsoft. Plus de 80 % de ses ventes sont ainsi réalisées par Nokia.

Cette situation était relativement inconfortable pour Microsoft, devenu dépendant de son partenaire. Or, le groupe finlandais accumule les pertes depuis de nombreux trimestres, après avoir, lui aussi, manqué le tournant des smartphones.

“Microsoft se devait de racheter Nokia seulement s’il pensait être sur le point de perdre son appui, explique Carolina Milanesi, du cabinet Gartner. Alors que les ventes prennent plus de temps à se redresser, il était certainement devenu temps de le faire.”

Assurer la survie de Windows Phone

Avec cette opération, Microsoft cherche d’abord à assurer la survie de Windows Phone. Mais pas seulement. En contrôlant à la fois la partie logicielle et la partie matérielle, il compte pouvoir insuffler “un rythme d’innovation plus rapide”, a assuré M. Ballmer dans un communiqué.

Le groupe prend ainsi modèle sur Apple, qui conçoit le système d’exploitation de ses iPhone et de ses tablettes iPad. Depuis le rachat de Motorola, pour 12,5 milliards de dollars (9,19 milliards d’euros) en 2012, Google se dirige lui aussi dans cette direction.

Microsoft espère également “accélérer la croissance de ses profits dans les terminaux mobiles”, poursuit M. Ballmer. Actuellement, il ne perçoit que 10 dollars sur chaque smartphone vendu par Nokia. Une fois le rachat effectué, il touchera quatre fois plus. Cela lui permettra de renforcer ses efforts en recherche et développement et d’augmenter ses dépenses marketing, sans négliger la rentabilité financière de son activité.

Pour le groupe, les enjeux dépassent le simple cadre des smartphones : si les ventes de Windows Phone progressent, cela aura un impact positif sur les performances commerciales des tablettes et des PC équipés du système Windows 8, escompte le groupe. Or, ces dernières sont décevantes. En juillet, Microsoft a dû enregistrer une charge de 900 millions de dollars en raison des ventes très médiocres de sa tablette Surface.

Cette acquisition n’est cependant pas sans risque, car elle va compliquer les relations avec les autres partenaires de Microsoft. “Ils resteront certainement à l’écart de Windows Phone”, prédit Mme Milanesi. Surtout, voudront-ils toujours produire des tablettes sous Windows, alors que Nokia – qui devrait très bientôt dévoiler son premier modèle – bénéficiera de facto d’un avantage ?

Par ailleurs, la combinaison de Microsoft et de Nokia ne change pas fondamentalement les clés du problème. Google et Apple continuent d’occuper une position dominante sur les terminaux mobiles. Cela leur octroie le soutien des développeurs d’applications. Une des clés essentielles de leur succès.

Source : Lemonde

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