Au nom du Père WhatsApp, du Fils WhatsApp et du …

Au nom du Père WhatsApp, du Fils WhatsApp et du …« Servons-nous de toutes les technologies, mais ne soyons l’esclave d’aucune ».

La révolution numérique a suscité des sentiments euphoriques et hilares. Par les Nouvelles technologies de l’information et de la communication, elle fait des heureux gagnants, Dieu merci ; mais aussi de tristes victimes, hélas.

Chaque année, de nombreuses entreprises proscrivent l’accès aux réseaux sociaux à leurs employés. Ce qui semble justifier a priori la position de ceux qui sont hostiles à ces réseaux sociaux. Plusieurs enquêtes conduites de par le monde révèlent que les messages sérieux et professionnels ne représentent qu’un infime pourcentage dans ce tohu bohu informationnel, dans ce brouhaha communicationnel et dans ces bla-bla-bla correspondanciers.

Selon Théodore Besson, « Si vous aimez tuer le temps ou perdre votre temps, alors vous allez adorer » les réseaux sociaux.

Au commencement était Twitter et ses amis et concurrents forcenés, Facebook, Myspace, Viadeo, Viber, Imo, Instagram, etc. Puis un de ces quatre matins, la Technologie dit : « Que WhatsApp soit » et WhatsApp fut. Ce fut le premier jour. Les hommes n’en crurent pas leurs yeux. Tellement WhatsApp, de toutes les créatures technologiques, s’est révélé d’emblée commode, fascinant, séduisant, subjuguant, etc. Tous virent que WhatsApp était bon et l’on l’accueillit avec des louanges sincères et des transports de joie.

Mais maitrisons-nous vraiment les enjeux d’une technologie qui transforme l’univers en une maison planétaire ? WhatsApp est-il devenu un chronophage cynique et sans pitié ? Ou tout est, au final, fonction de l’usage que chacun en fait ? Quelle maitrise avons-nous réellement sur WhatsApp ? La fille de Jan Koum et de Brian Acton serait-elle une des causes majeures de nos pertes rédhibitoires et insidieuses de temps ?

Dans notre vocabulaire ‘whatsappéen’, la joie consiste au demeurant à palabrer, à discutailler, à parloter, à papoter et à blablater de la pénombre vespérale jusqu’aux dernières lueurs matinales. WhatsApp semble désormais dire : « Venez à moi, vous tous qui vous ennuyez, vous tous qui travaillez, et moi je vous donnerai du plaisir communicationnel ». Et voyez-vous, il tient ses promesses.

Car, le bon usage est désormais synonyme de se faire renverser par un engin sur la voie publique, les regards hagards jadis passionnément rivés sur WhatsApp, et donner sa vie en rançon aux milliers mordus par ladite application de messagerie instantanée.

L’usage à bon escient consiste désormais à laisser la casserole se calciner au feu, au nom du ‘Père WhatsApp, du Fils WhatsApp et du Saint-Esprit WhatsApp’.

La joie consiste désormais à vérifier et à envoyer ses messages à chaque arrêt aux feux rouges. Conducteurs de Taxi-motos, de voitures, de vélos : personne ne se voit être du reste. Avec cette application, tout semble être loisible, au risque et au péril de nos vies.

Autant d’usages controversés qui laissent dans la stupéfaction déconcertante pour qui sait bien observer.

De quoi parle-t-on en réalité ?

De tout et de rien. D’excellentes choses. Des choses triviales. À chacun ses goûts, n’est-ce pas ?

Selon André Santini, « S’il ne fallait retenir qu’une vertu des Technologies de l’Information et de la Communication, ce serait celle-ci : la possibilité d’offrir à chacun une tribune, un espace de liberté, d’expression. »

Mais il y a une chose qu’il urge de convenir : c’est que dans la réalité, cette liberté d’expression devient un libertinage d’expression, ce qui rend la source des informations controversées, incertaines, douteuses et à la limite triviales. Parce qu’à bien y regarder, l’on ne parle plus par nécessité, encore moins par souci communicationnel, mais plutôt par plaisir, par jeu, surtout mû par simple désir de se faire lire que de lire. Et le résultat des courses, c’est que les informations, les plus banales, les plus grotesques, les plus nébuleuses, courent le monde à la vitesse de la lumière.

Mais curieusement, ces informations, on y croit comme à l’église, là-bas chez le Pasteur ou le Prêtre. Même celles tissées de messages au costume grammatical grossier, même celles négligemment confectionnées avec de la fange et l’ornière syntaxiques. L’on se demande si la plupart de ceux qui servent ces messages réalisent l’inauthenticité de leurs informations et la kyrielle de fautes à donner la nausée à Molière et la résurrection à Voltaire.

Pour finir, nous ne ferons que rappeler la citation mise en exergue de cet article : « Servons-nous de toutes les technologies, mais ne soyons l’esclave d’aucune ».

Si les conséquences de la dépendance à WhatsApp paraissent, a priori, négligeables, parce que la joie et la commodité de la ‘conversensation’ l’emportent par-dessus tout, n’oublions pas qu’il n’y a rien de plus terrible que de parler à longueur de journée pour ne rien dire, de lire simplement par délire, de rire et de périr ensuite. Et à la prochaine connexion, rappelons-nous la mise en garde de Voltaire en termes de gestion du temps :

« Il y a quatre manières de perdre son temps (sur WhatsApp, c’est nous qui ajoutons) : ne rien faire, ne point faire ce que l’on doit faire, le mal faire et le faire à contretemps ».

Nous pourrions paraphraser Voltaire ainsi : Il y a quatre manières de perdre son temps sur WhatsApp : ne rien écrire de sensé et de concret, ne point écrire ce que l’on doit écrire, le mal écrire avec des fautes et des expressions erronées, et l’écrire à contretemps, c’est-à-dire donner des informations inopportunes, qui arrivent mal à propos.

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