Le fils du président de la Guinée Equatoriale, visé en Espagne par un mandat d’arrêt depuis février 2024 dans l’enquête sur l’enlèvement de quatre opposants, va être entendu par visioconférence, à sa demande, par un juge le 5 février, a-t-on appris jeudi de source judiciaire.
Carmelo Ovono Obiang, l’un des fils du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, également secrétaire d’État à la Présidence de Guinée Equatoriale, sera entendu par un juge de l’Audience nationale, une haute juridiction madrilène spécialisée dans les affaires sensibles, comme deux autres dirigeants du pays, Isaac Nguema, le directeur de la sécurité présidentielle, et Nicolás Obama, ministre d’État.
Déjà convoqués par la justice sans jamais se présenter devant le juge, ces trois hommes sont visés depuis février 2024 par des mandats d’arrêt, accusés d’être impliqués dans l’enlèvement et la torture en 2019 de quatre opposants qui résidaient en Espagne et dont deux avaient la nationalité espagnole.

Leurs avocats ont demandé à l’Audience nationale que leurs clients comparaissent par visioconférence, ce qu’a accepté le juge qui les a convoqués le 5 février.
L’affaire a connu de nombreux rebondissements judiciaires, notamment sur la question de la compétence territoriale.
L’enlèvement des quatre hommes au Soudan du Sud, aurait eu lieu alors qu’ils répondaient à l’invitation d’un ami, mais cette invitation était en réalité un « piège » selon un document rédigé par le juge de l’Audience nationale rendu public en février 2024.
Ils auraient ensuite été emmenés de force à Malabo, la capitale de la Guinée Equatoriale, où ils auraient été emprisonnés et torturés en raison de leur participation présumée à une tentative de coup d’Etat.
Selon le quotidien espagnole El Pais, qui a eu accès à des notes de police et des témoignages, ils auraient notamment été soumis à la torture dite « du crocodile », consistant à pendre le prisonnier la tête en bas, pieds et mains enchaînés, afin de provoquer l’explosion des vaisseaux sanguins.
L’un de ces quatre opposants, Julio Obama Mefuman, de nationalité espagnole, est mort en janvier 2023. Le Mouvement pour la Libération de la Troisième République de Guinée équatoriale (MLGE3R), un mouvement d’opposition en exil basé en Espagne, affirme qu’il a été torturé et est décédé dans une prison de Guinée Equitoriale.
Pour sa part, le gouvernement de Malabo affirme qu’il est mort « dans un hôpital (…) des suites d’une maladie dont il souffrait ».
Petit Etat pétrolier d’Afrique centrale, ancienne colonie espagnole, la Guinée Equatoriale, pays parmi les plus fermés au monde, est dirigée d’une main de fer depuis 1979 par Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, 83 ans, qui détient le record mondial de longévité au pouvoir pour un chef d’Etat en exercice, en dehors des monarchies.