Câbles sous-marins : Huawei jette l’éponge

En difficulté depuis son interdiction d’accéder aux technologies américaines, le géant chinois des télécoms a indiqué qu’il allait vendre sa participation majoritaire dans Huawei Marine, qui avait vu le jour en 2008.

Les câbles sous-marins et Huawei, c’est terminé. Le géant chinois des équipements télécoms et des smartphones va céder sa participation majoritaire (51%) dans Huawei Marine, sa filiale de câbles sous-marins, à son compatriote Hengtong Optic-Eletric. Ce dernier, un spécialiste de la fibre optique et du câblage, a annoncé lundi à la Bourse de Shanghaï le rachat de ses parts pour un montant non dévoilé. Ce faisant, Huawei abandonne une activité stratégique, puisqu’aujourd’hui, 99% des communications intercontinentales transitent par les câbles sous-marins.

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Huawei avait pourtant de grandes ambitions dans les câbles sous-marins. Il s’est lancé sur ce créneau en 2008, en fondant Huawei Marine en joint-venture avec le britannique Global Marine Systems. Spécialisée dans la pose, l’entretien et l’amélioration des câbles sous-marins, cette société revendique la réalisation de 90 projets du Pacifique à l’Atlantique. Dans ce marché, Huawei Marine n’était pas un poids lourd, mais affichait de grandes ambitions vis-à-vis des cadors du secteur comme l’américain Subcom ou l’européen Alcatel Submarine Networks – qui est désormais sous la coupe de Nokia, mais dont le gouvernement souhaite qu’il reste dans le giron français.

Les câbles en soutien des « routes de la soie »

Le marché des câbles sous-marins est globalement porté par l’explosion des échanges numériques, et l’appétit croissant des géants américains du Net pour ces infrastructures clés pour relier leurs data-centers à travers le globe. En parallèle, pour Pékin, cette activité est notamment stratégique pour soutenir son projet des « nouvelles routes de la soie », ces corridors logistiques qui doivent permettre à l’Empire du Milieu d’écouler ses marchandises et services en Europe et en Afrique. En novembre dernier, Hengtong a ainsi présenté lors d’un salon au Cap (Afrique du Sud), son projet PEACE (« Pakistan and East Africa Connecting Europe »). Long de 12.000 km, ce câble sous-marin va relier, d’ici 2020, le Pakistan, Djibouti, le Kenya, l’Egypte et la France.

Mais Huawei n’a jamais eu la vie facile sur ce marché considéré comme extrêmement sensible. Dans une lettre publiée en août 2015, l’Observatoire du monde cybernétique (OMC) qualifiait ses résultats de « décevants ». Sachant qu’à l’époque, sept ans après la création de la société, la part de marché de Huawei Marine se situait autour de 2%.

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 « Deux raisons expliqueraient ces résultats décevants : l’entreprise est largement dépendante d’acteurs externes pour la fabrication des câbles, et elle souffre du boycott des autorités australiennes et américaines, écrivait l’OMC. On se souvient par exemple que l’administration américaine avait fait échouer en 2013 le déploiement d’un nouveau câble transatlantique New York-Londres fabriqué par Huawei. »

Une très ancienne méfiance américaine

A ce moment-là, le gouvernement d’Obama craignait que Pékin n’utilise les installations de l’équipementier comme un cheval de Troie pour espionner les communications du pays de l’Oncle Sam. Si aujourd’hui Huawei est dans l’œil du cyclone et s’est retrouvé au cœur d’une nouvelle guerre froide entre Pékin et Washington, le groupe pâtissait déjà, ces dernières années, de la grande méfiance des Etats-Unis à son égard.

Cette situation s’est aggravée il y a deux semaines, depuis que la Maison-Blanche a décidé d’interdire à Huawei de s’approvisionner en technologies américaines, sur fonds de soupçons d’espionnage pour le compte de Pékin. Un contexte électrique, qui n’était pas de nature à rassurer les clients et partenaires d’un Huawei Marine sous l’égide du géant chinois.

Avec La Tribune

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