Deux syndicalistes de la filière cacao, qui ont dénoncé les importants blocages dont souffre ce secteur clé de l’économie en Côte d’Ivoire, sont poursuivis au pénal pour « diffamation » et « dénonciation calomnieuse », a appris l’AFP mercredi auprès de leur avocat.
Moussa Koné, du Synap-ci, et Koffi Kanga, de l’Anapro-ci, ont régulièrement dénoncé la situation de crise dans laquelle se trouve la filière du cacao ivoirien, qui représente 14% du produit intérieur brut (PIB) du pays.
Depuis plusieurs mois, les exportations sont très ralenties, sur fond de décalage entre un prix historiquement haut, fixé par l’Etat, et la dégringolade des cours mondiaux mais aussi à cause d’un manque de liquidités de certains acheteurs.

Une situation qui a provoqué un engorgement dans les ports et les coopératives du pays, ont constaté des journalistes de l’AFP.
Le procureur d’Abidjan a retenu les motifs de la plainte d’Yves Brahima Koné, le directeur général du Conseil Café Cacao (CCC), organe régulateur de la filière.
Celui-ci accuse MM. Kanga et Koné d’avoir avancé des chiffres « inexacts » sur le « nombre de camions stationnés dans les ports » et sur la « quantité de cacao bloquée » dans les coopératives du pays, ce qui aurait « concouru à la chute du prix du cacao sur les marchés internationaux », selon le conseil des syndicalistes Me Erman Coulibaly, joint par l’AFP.
La date de leur procès devant le tribunal correctionnel n’est pas encore connue.
Le 14 janvier, le directeur général du CCC avait assuré devant la presse qu’il n’y avait « pas de blocage » de la filière.
Mais une semaine plus tard, le ministre de l’Agriculture d’alors, Kobenan Kouassi Adjoumani, annonçait que l’Etat ivoirien allait « procéder à la mise en place d’un dispositif d’achat » du stock du cacao non écoulé qui serait d’environ 100.000 tonnes.
Cette opération a commencé le 29 janvier, selon le CCC. Elle devrait permettre d’apaiser les producteurs, qui ne sont plus payés pour certains depuis novembre, les plongeant dans de graves difficultés.
En octobre, quelques semaines avant sa réélection, le président ivoirien Alassane Ouattara avait annoncé en personne un prix record de 2.800 francs CFA le kilo (4,26 euros), une décision saluée par les planteurs.
Sauf qu’après avoir frôlé les 12.000 dollars la tonne en 2024, le cacao a sévèrement dévissé sur le marché mondial depuis l’été et se situe tout juste au dessus des 4.000 dollars la tonne.
Une donnée qui pousse les acheteurs à différer leurs achats, d’autant qu’au prix bord-champ de 2.800 francs CFA, il faut ajouter une importante fiscalité et d’autres coûts divers.