Le passé sulfureux de Deutsche Bank, jalonné de scandales financiers, est remonté à la surface mercredi, alors que la première banque allemande fait l’objet de perquisitions dans le cadre de soupçons de blanchiment d’argent.
Des enquêteurs du parquet de Francfort ont visité le siège de la banque à Francfort et une antenne à Berlin, dans le cadre de recherches sur des « responsables non identifiés et employés de Deutsche Bank pour des soupçons de blanchiment d’argent et d’autres manquements connexes au titre de la loi sur le blanchiment d’argent », selon un communiqué transmis à l’AFP par cette autorité judiciaire.
Le parquet a précisé avoir mené ces opérations en lien avec l’Office fédéral de la police criminelle (BKA) de Wiesbaden (ouest).

Selon des sources financières, les enquêteurs s’intéressent à des événements survenus entre 2013 et 2018.
Selon le site d’information Der Spiegel, la perquisition à Francfort a commencé juste après 09H00 GMT et a mobilisé une trentaine d’enquêteurs en civil. Cette opération se poursuivait dans l’après-midi, a appris l’AFP du parquet.
« La banque coopère pleinement avec le parquet », a indiqué dans un message à l’AFP la première banque d’Allemagne, qui n’a pas souhaité faire de commentaires supplémentaires.
« Dans le passé, Deutsche Bank entretenait des relations d’affaires avec des sociétés étrangères qui, dans le cadre d’autres enquêtes, sont elles-mêmes soupçonnées d’avoir été utilisées à des fins de blanchiment d’argent », a expliqué le parquet.
Les perquisitions en cours sur les sites de Deutsche Bank à Francfort et à Berlin ont pour objectif « d’éclairer davantage » les faits.
Selon des informations du quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, l’enquête concernerait plus particulièrement l’oligarque russe et client de la Deutsche Bank Roman Abramovitch, qui a été sanctionné par l’Union européenne à la suite de l’invasion russe de l’Ukraine en mars 2022.
Deutsche Bank aurait tardivement transmis aux autorités une ou plusieurs déclarations de soupçons de blanchiment d’argent visant des sociétés de l’oligarque, selon le média allemand.
Interrogés par l’AFP à ce sujet, ni la banque ni le parquet de Francfort n’ont souhaité faire de commentaire.
– Déjà condamnée pour blanchiment –
La présente perquisition des locaux de Deutsche Bank intervient alors que le groupe s’apprête à présenter jeudi ses résultats pour l’année 2025, où les litiges judiciaires ne vont plus peser comme par le passé.
Deutsche Bank s’est retrouvée empêtré dans une multitude de scandales après la crise financière de 2008, qui lui ont coûté des sommes colossales.
La dernière amende importante remonte à juillet 2023, quand Deutsche Bank a payé une amende de 186 millions de dollars aux Etats-Unis pour n’avoir pas pris de mesures suffisantes contre le blanchiment notamment.
La Réserve fédérale américaine (Fed) avait pointé « des contrôles internes et des processus de gouvernance anti-blanchiment déficients concernant sa relation antérieure avec la succursale estonienne de Danske Bank », une banque danoise pour qui Deutsche Bank agissait alors en tant que « banque correspondante » en servant d’intermédiaire pour effectuer des paiements internationaux.
Plus récemment et pour des faits d’une autre nature, la gestionnaire d’actif DWS, filiale de la Deutsche Bank, avait écopé en avril 2025 d’une amende historique de 25 millions d’euros pour avoir menti sur sa politiques d’investissements durables.
C’est l’une des amendes les plus importantes jamais imposées pour écoblanchiment.
En 2018, Deutsche Bank avait été perquisitionnée dans une enquête pour blanchiment liée aux « Panama Papers », la banque étant soupçonnée d’avoir aidé des clients à créer des sociétés dans des paradis fiscaux.
Et début 2017, la banque au logo bleu a écopé d’une amende de près de 630 millions de dollars pour blanchiment d’argent russe par les autorités américaine et britannique.
Vers 15H00 GMT, l’action de Deutsche Bank cédait 0,67% à la Bourse de Francfort.
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