Le Chili est confronté à la sécheresse la plus grave de son histoire alors que le monde subit l’une des pires crises sanitaires de ce siècle. Les rivières sont sèches, les réservoirs des barrages sont vides ; cette situation augmente la vulnérabilité des habitants face au coronavirus.
« Aujourd’hui, il y a plus de 400.000 familles, soit près de 1,5 million de personnes, dont la consommation quotidienne de 50 litres d’eau est fournie par des camions-citernes », explique à l’AFP Rodrigo Mundaca, porte-parole du Mouvement pour la défense de l’accès à l’eau, la terre et pour la protection de l’environnement (Modatima).
« Vivre sans eau, c’est terrible », se désole Dilma Castillo, qui habite avec ses enfants dans les montagnes, près d’El Melon, ville de 22.000 habitants située non loin de Valparaiso (centre).

» Le pire, c’est qu’il n’y a aucune prise de conscience. Cela m’angoisse beaucoup, car vivre dans ces conditions, c’est humiliant », dit Dilma Castillo.
À Santiago et à Valparaiso, les précipitations de l’année 2019 ont été inférieures de 80 % au plus bas historique, et de 90 % dans la région de Coquimbo (nord).
« Dans une situation de pandémie comme aujourd’hui, cela montre une fois de plus que lorsqu’il existe un modèle d’appropriation privée de l’eau (…), cela ne garantit pas le droit humain à l’eau et rend les communautés encore plus fragiles », dénonce Rodrigo Mundaca.
Selon la législation chilienne, l’eau est un bien public, mais la quasi-totalité des droits d’exploitation appartiennent à des privés.
C’était l’origine de la crise sociale d’octobre 2019 ; les gens critiquaient un système socio-économique où le secteur privé prévaut dans les domaines tels que la santé, l’éducation, les retraites et la gestion de l’eau.
Actuellement, ce sont des camions-citernes qui approvisionnent les habitations; l’eau est conservée dans des bidons.
Le directeur de Greenpeace-Chili, Matias Asun, aurait récemment demandé au gouvernement du président conservateur Sebastian Piñera de « s’assurer qu’il n’y avait pas de citoyen de seconde zone qui n’aurait pas accès aux services de base pour se protéger du Covid-19« .
Plus de 3.700 cas de coronavirus, dont 22 décès ont été enregistrés au Chili. « Un savon dans les mains ça ne sert à rien si on n’a pas suffisamment d’eau pour se laver », a-t-il souligné.
L’un des puits gérés par l’entreprise minière Anglo American, exploitant le cuivre du Chili, premier pays producteur au monde, a été occupé par une centaine d’habitants d’El Melon qui réclament que l’eau du puits soit destinée à l’approvisionnement en eau potable de la zone plutôt qu’ à l’activité minière, comme l’a expliqué Fabian Villarroel, 26 ans, un des porte-parole du mouvement.
Anglo American a assuré dans un communiqué transmis l’AFP, chercher « des solutions permettant aux habitants de la zone d’avoir un accès permanent à l’eau potable ».
Selon Rodrigo Mundaca, le code de l’eau élaboré en 1981, en pleine dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990), « sépare la propriété de l’eau de celle de la terre. Il y a des propriétaires qui n’ont pas la propriété de l’eau et vice-versa, ce qui a donné naissance au marché (des droits) de l’eau », explique-t-il.
Bien que distribués à des gestionnaires privés, les droits de l’eau appartiennent à l’Etat qui a le pouvoir de réguler la quantité d’eau puisée, assure le directeur général des Eaux chiliennes, Oscar Cristi.
« Le problème, c’est la façon dont sont distribués ces droits, et quelles conditions sont imposées » pour leur gestion, souligne Andrei Jouravlev, ancien membre de Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepalc) et spécialiste de ces questions.