Comme à Ouagadougou il y a deux ans et demi, le président français a terminé son périple par deux heures de débat avec des étudiants kényans.

-- Vidéo de L-FRII --

Ils sont sagement alignés sur le trottoir de l’allée principale de l’université de Nairobi. Parmi les quelques centaines d’étudiants qui guettent l’arrivée du président Macron, Victoria, 21 ans, étudiante en psychologie, a « très envie de connaître sa vision du Kenya et de la jeunesse ».

Le message du Président Macron aux étudiants kényans
Le Président Macron face aux étudiants kényans

Elle est « si contente » de voir la France se rapprocher de son pays et, surtout, que le chef de l’État ait choisi son université pour rencontrer « les leaders de demain ». « C’est la plus grande et la plus ancienne université du Kenya. On est environ 100.000 sur ce campus », dit fièrement Colins, 21 ans, vêtu pour l’occasion d’un costume anthracite et d’une cravate à motifs rouges. En deuxième année d’anthropologie, il aimerait bien faire un troisième cycle en France, où « tout va si vite ».

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Melvin, 21 ans, qui étudie la météorologie, se dit, quant à lui, séduit par la jeunesse du chef de l’État français. S’il pouvait, il lui demanderait « comment il a fait pour remporter la présidentielle » de 2017. Las, ce sont des étudiants délégués avec lesquels le président français aura, durant plus d’une heure, « un échange interactif ».

Victoria, Colins et Melvin se contenteront d’un petit signe de la main d’Emmanuel Macron, de loin, auquel ils répondront en chœur et timidement : « Hi ! » « Venez ici… », ajoute, dans un murmure à peine audible, la jeune femme en le regardant rejoindre l’amphithéâtre où l’attendent environ cinq cents personnes.

Promotion de l’Afrique innovante…

« Je suis surtout là pour échanger avec vous », lance en anglais Emmanuel Macron à l’assemblée, après une Marseillaise vibrante chantée par le chœur de l’université. Et d’enchaîner sur sa perception du continent, lui qui se défend d’avoir une politique africaine. « Je crois fortement en l’Afrique », commence-t-il, évoquant ses six mois passés à Abuja au Nigeria dans le cadre de son cursus à l’ENA, au cours desquels il dit avoir « découvert l’énergie et la jeunesse ».

L’innovation, aussi : « Beaucoup de choses sont inventées en Afrique. Je suis impressionné ici par la stratégie du président Uhuru Kenyatta en matière d’énergies renouvelables qui représentent aujourd’hui 75 % du mix énergétique au Kenya. »

Les récents projets dans les énergies vertes ont en effet permis d’accroître le taux d’accès à l’électricité. Il s’établit à 56 %, selon un rapport de la Banque mondiale de 2018, ce qui fait du Kenya le pays le plus électrifié d’Afrique de l’Est. « Il est possible que le nouvel Einstein se trouve en Afrique, et même qu’il s’agisse d’une femme », a-t-il poursuivi.

Un clin d’œil au président rwandais Paul Kagamé, avec qui les relations diplomatiques se sont réchauffées depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, et dont le pays a organisé en mars 2018 le Next Einstein Forum, dédié aux chercheurs africains les plus prometteurs.

… et de la marque France

Aux premiers rangs de l’amphithéâtre étaient présents des présidents d’université ou d’institut de recherche français (Cirad, IUT de Cachan, IRD, Sciences Po) avec lesquels des partenariats ont été signés lors de cette visite, en vue de favoriser les échanges dans l’enseignement supérieur entre les deux pays.

« La France a choisi le Kenya en Afrique, choisissez la France. Il y a très peu d’étudiants kényans en France », intime Emmanuel Macron. S’ensuit une incitation à apprendre le français. « La francophonie est un facteur d’intégration africaine et peut vous permettre de commercer avec d’autres régions », plaide-t-il.

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Un étudiant kenyan saisit la perche : « Les procédures pour aller étudier en France et obtenir un visa sont très compliquées. Que va faire votre gouvernement pour alléger ces difficultés  » ? Réaction amusée dans l’amphithéâtre.

« La mise en place de la plateforme digitale Welcome to France va permettre de réduire la complexité », assure le président français, qui se dit soucieux de « favoriser la mobilité », avec un visa « permettant d’aller et venir ». Puis il invite les étudiants à aller vérifier par eux-mêmes sur le site de Campus France.

Un tribun moins offensif qu’à Ouaga

Moins mordant que certaines passes d’armes avec la jeunesse de l’université de Ouagadougou, en novembre 2017, l’« échange interactif » organisé à Nairobi semble plus convenu, plus policé. Plus timide, aussi peut-être. Premier président français à se rendre en visite officielle au Kenya depuis l’indépendance du pays en 1963, Emmanuel Macron y est en terrain vierge. Loin du « pré carré ». Ici, pas de questions sur le franc CFA, sur son silence vis-à-vis de certains régimes africains peu respectueux des droits de l’homme, ou sur cette Françafrique encombrante, avec laquelle il assure, comme d’autres avant lui, avoir rompu.

Prônant une « nouvelle relation équilibrée », des « partenariats durables », et le rapprochement franco-kenyan (qu’il qualifie de « super fertilizer » pour les deux pays), il entend construire une autre histoire. Et joue de sa séduction, tantôt VRP, parfois pragmatique. « Quel est l’intérêt pour la France d’investir au Kenya ? » lui a demandé un étudiant.

« Je crois en l’avenir. Si je vous aide à réussir, je vais aussi réduire mes difficultés, et avoir plus d’opportunités pour mon pays », a répondu Emmanuel Macron. Melvin, resté à l’extérieur, était, quant à lui, taraudé par une autre question : « Pourquoi la France est-elle moins populaire aujourd’hui en Afrique ? »

Avec Le Point