Publiée sur une centaine de pages et de comptes d’utilisateurs sur Facebook, la vidéo de 43 secondes a été visionnée plus de 230 000 fois dans la publication ci-dessous par exemple.

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La légende affirme : En Allemagne, le vice-président du Sénat du Nigeria bastonné par ses compatriotes qui lui demandent de rentrer se soigner dans les hôpitaux du pays comme le reste de la population défavorisée !

La publication fait référence au fait que de nombreux hommes politiques africains reçoivent des traitements dans des hôpitaux européens, plutôt que dans leur pays, comme le président nigérian Muhamadu Buhari, le président gabonais Ali Bongo, ou encore l’ex-président algérien Abdelaziz Bouteflika.

Pourquoi cette légende est fausse ?

La rédaction des Observateurs de France 24 a contacté plusieurs Nigérians vivant en Allemagne pour en savoir plus. L’un d’eux, Bob Williams, trésorier du parti des Peuples indigènes du Biafra (IPOB) en Allemagne, présent lors de la scène, explique :

Cela s’est passé à Nuremberg, le 16 août. Cet homme est Ike Ekweramadu : il est sénateur dans l’État d’Enugu, dans le sud-est du pays, et il a également été plusieurs fois vice-président du Sénat, mais il ne l’est plus actuellement. Il avait été invité pour les célébrations du festival “New Yam”, un événement culturel organisé une fois par an par la communauté Igbo, dont je fais partie.

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Cette invitation a beaucoup énervé certains jeunes du parti de l’IPOB, car ils considèrent que cet homme politique ne défend pas les intérêts de nos peuples. C’est pour cela qu’ils l’ont attaqué. [L’IPOB réclame la création d’une République indépendante dans le sud-est du Nigeria, à grande majorité Igbo, où le sentiment de mise à l’écart par Abuja au profit du Nord est très présent, NDLR.]

La légende affirmant que c’était pour des soins médicaux est fausse, même si nous considérons aussi que la plupart des politiciens nigérians sont corrompus et qu’ils ne font pas assez pour les infrastructures dans le sud-est du Nigeria.

L’assistant personnel d’Ike Ekweramadu, contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, confirme les explications de Bob Williams :

Monsieur Ekweramadu s’est rendu en Allemagne à l’invitation de l’association Ndi-Igbo Allemagne pour célébrer le festival “New Yam”, où il devait faire un discours. Il est en bonne santé et il n’a pas eu à se rendre dans un hôpital, ni à recevoir de soins médicaux.

Il est rentré lundi matin au Nigeria, et il a publié un communiqué pour expliquer qu’il regrettait ces violences et qu’il faisait tout ce qu’il était possible de son côté pour apaiser les tensions dans le sud-est du Nigeria.

En marge de l’événement, la police allemande a annoncé vendredi 23 aoûtque quatre personnes à l’origine de l’attaque avaient été arrêtées.

Un signe que la lutte de l’IPOB “s’exporte dans l’arène internationale”, selon l’un de ses leaders

L’incident a également fait réagir les leaders de l’IPOB : un membre du groupe sécessionniste, China Edoziem, a refusé de condamner ces attaques et ajouté qu’il s’agissait d’un avertissement lancé aux leaders politiques d’origine Igbo qui avaient “trahi leur peuple”. “Notre lutte s’exporte dans l’arène internationale, où chacun aura l’occasion de se faire un avis”, a-t-il ajouté.

Le Biafra, la région orientale du Nigeria, s’était autoproclamée “République du Biafra” en 1967. Les forces fédérales nigérianes avaient alors lancé une offensive contre les séparatistes le 30 mai la même année, faisant 1 à 2 millions de morts. Après trois ans de guerre, le Biafra avait réintégré le Nigeria le 15 janvier 1970.

Mais la région du Sud-Est connaît de nombreux problèmes depuis cette période trouble : le chômage de masse et la corruption endémique provoquent régulièrement des flambées de violence dans la région, où les habitants à majorité Igbo se sentent marginalisés. Le leader de l’IPOB, Nnamdi Kanu, a quitté le territoire nigérian depuis l’attaque de son domicile en 2017 par l’armée nigériane et se trouve désormais en Israël.

Avec ObserversFrance24