M. Claude Grunitzky, Fondateur de Trace Magazine, Trace TV, du holding TRUE…, Personnalité L-frii 2013, est l’invité de « L-frii, une personne-un modèle-un parcours » du mois de janvier 2014.

 

 

L-frii -S’il fallait résumer les traits  de votre personnalité en quelques lignes, que diriez-vous ?

 

M. Grunitzky -Je suis né optimiste, mais au fur et à mesure des expériences de la vie, j’ai acquis une autre aptitude, celle de la persévérance. Je ne me décourage jamais, parce que je connais la difficulté inhérente à la plupart des épreuves qui en valent la peine. Aussi, ma famille et mes amis qui me connaissent bien disent que le mot “impossible” n’existe pas dans mon vocabulaire. Plus la tâche  est difficile, plus je suis motivé. C’est certainement le fruit  de l’ambition, mais je reste convaincu, pour l’avoir vécu moi-même, que l’effort finit toujours par payer. La fameuse formule du philosophe danois Kierkegaard : “Ce n’est pas le chemin qui est difficile, mais le difficile qui est le chemin.”, m’a toujours inspiré.

 

 

L-frii -Quelle est l’idée essentielle au cœur de vos actions ?

 

M. Grunitzky -C’est le concept de transculturalisme que j’ai érigé en philosophie de vie et d’action. Il y a une dizaine d’années, j’ai rédigé avec d’autres auteurs de mes tribus Trace et True, un premier livre, une série d’essais illustrés et inspirés de mes expériences de « Togolais nomade ». Ce livre, paru en anglais, s’appelle “Transculturalism” et j’y explique que les croisements de cultures et le métissage culturel étaient porteurs d’un nouvel espoir pour le cosmopolitisme et le développement de ce qu’on appelle maintenant les “pays émergents”. Pour moi, qui suis en permanence dans l’action, qui tente constamment de faire bouger les lignes, cette philosophie est devenue une ligne directrice. C’est important, c’est même crucial, parce que nous Africains devons nous inspirer des énergies vives des différentes cultures du monde, du savoir-faire des experts en tous genres, même ceux issus d’autres continents et d’autres parcours, pour redessiner l’Afrique à notre vision.

Je pars du principe qu’on a chacun une certaine expertise, une certaine volonté, une certaine vision du bonheur et de ce que représente un avenir meilleur. Mais pour arriver à nos fins, il faut sortir de l’isolation, du cloisonnement, de l’autarcie afin de voyager et de puiser le meilleur dans les autres cultures. Cela ne veut pas dire renoncer à son héritage national, ou abandonner son propre patrimoine culturel, mais au contraire il s’agit de les enrichir en allant à la rencontre de “L’Autre”. L’avantage d’Internet, et de ce basculement numérique qui bouleverse nos sociétés, c’est que les seules limites sont celles que nous nous imposons. C’est pour cela que j’œuvre, du mieux que je peux à mon petit niveau, pour que notre pays, le Togo, puisse se développer grâce aussi aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Pour cela, il faut commencer par l’électricité puis une connexion 3G ou WiFi.

 

 

L-frii -Pourriez-vous nous rappeler votre parcours scolaire et universitaire ?

 

M. Grunitzky -J’ai commencé ma scolarité a l’Ecole Montaigne de Lomé. C’était une excellente école, et au niveau du primaire, les enseignants veillaient à ce que les élèves partent avec de bonnes bases. La dictée, le calcul, l’apprentissage par cœur, tout cela nous formait et stimulait  notre mémoire. Je garde un très bon souvenir de l’Ecole Montaigne. Mon père, feu Otto Grunitzky était très stricte, très porté sur la discipline, le travail, l’effort, et l’excellence académique. Du coup, lorsqu’il a été nommé ambassadeur du Togo aux Etats-Unis, je trouvais que le niveau à l’Ecole Montaigne était même supérieur à celui du lycée français de Washington. Ensuite, j’ai passé les années d’adolescence dans un collège d’oratoriens, un pensionnat catholique à coté de Paris. C’était le Collège de Juilly. Puis, après le Bac, j’ai passé (et réussi) le concours d’entrée en Sciences Po Paris. J’y suis resté un an avant de continuer à l’Université de Londres, où j’ai étudié l’économie et la finance. Plus tard, j’ai obtenu un MBA au MIT (Massachussetts Institute of Technology) aux Etats-Unis, une formidable institution où je suis encore chercheur affilié.

 

 

L-frii -Quelles ont été vos principales réalisations et quels sont vos prochains projets ?

 

M. Grunitzky -Je suis ce que les américains appellent un “serial entrepreneur”. J’ai monté, depuis presque vingt ans, plusieurs entreprises, certaines avec des associés, d’autres, tout seul. Certaines ont bien décollé, d’autres ont moins bien marché. Parmi celles qui ont le mieux marché, on peut citer le magazine Trace, la chaine de télé Trace TV, et mon agence de communication True. Ayant assez bien réussi en Europe et aux Etats-Unis, je me suis fixé, il y a trois ans, un nouveau défi : créer et développer une entreprise “Made in Africa” dans le domaine des nouvelles technologies. C’est tout le sens de mes deux plus jeunes startups, True Africa et True Mobile, qui font partie de ma holding True. True Africa a pour ambition de fédérer des talents entrepreneuriaux dans toute l’Afrique, en commençant par le Togo. True Mobile, dirigée par mon associé franco-sénégalais David Ly, crée des applications mobiles pour les entreprises africaines. Notre dernière réalisation en date: l’application pour Seneweb, le premier site web sénégalais. De là est née une collaboration avec Microsoft et l’équipementier chinois Huawei : c’est ça aussi le business transculturel.

 

 

L-frii -Comment les jeunes doivent s’y prendre pour créer des entreprises viables et pérennes ?

 

M. Grunitzky -Les jeunes entrepreneurs togolais doivent comprendre le sens du mot “innovation”. Lors du Forum des Jeunes Entrepreneurs, j’ai personnellement rencontré et interviewé plus de 300 jeunes entrepreneurs togolais de moins de 35 ans. Et ce, dans tout le pays. Certains projets étaient intéressants, d’autres vraiment novateurs et prometteurs. Le principal défaut de ceux que nous n’avons pas retenu était le manque d’originalité. Le jury que je présidais était unanime : il y avait trop de projets d’élevage agro-pastoral et de présentations axées sur le potentiel des poules pondeuses. Ce que ne savaient pas ces jeunes entrepreneurs, c’est que nous avions déjà vu des dizaines de projets de poules pondeuses. L’agriculture et l’élevage sont, certes, d’importants relais de croissance pour un pays comme le nôtre, et je suis ravi que les jeunes cherchent aussi des solutions, mais j’aurais souhaité que ces jeunes se remettent davantage en question afin d’imaginer des projets qui avaient le mérite  de sortir du lot. Il ne s’agit pas seulement d’imaginer des projets dans les nouvelles technologies, il faut juste identifier une niche dans le marché, évaluer la demande avec une simple étude de marché, même informelle, et se lancer. L’innovation, c’est le désir de se démarquer de la concurrence en proposant des biens ou des services qui n’existent pas encore sur le marché. C’est cela que je souhaite à la jeune génération d’entrepreneurs togolais.

 

L-frii -Quel est votre vœu le plus cher à l’endroit de la jeunesse Togolaise ?

 

M. Grunitzky -Je suis un fils du Togo, un enfant de Lomé avec des racines à Atakpamé. Le Togo est mon pays, et je me sens investi dans l’avenir de mon pays. C’est un sens des responsabilités qui me porte à être mentor de jeunes togolais, qui veut que je les encourage dans leurs démarches, que je les aide à aller jusqu’au bout de leurs rêves. Je suis constamment sollicité par la jeunesse togolaise, et c’est un honneur que de pouvoir partager avec elle certaines de mes expériences d’entrepreneur, un peu de mon vécu. Mon vœu le plus cher, c’est que mes jeunes frères et sœurs ne se découragent pas, n’abandonnent pas leurs rêves. Je leur dis souvent, en guise de conseil, que moi même j’ai plusieurs fois frôlé la faillite. Que j’ai eu des moments de désespoir avec des problèmes financiers, à tel point que je ne voyais plus le bout du tunnel. Mais puisque j’ai persévéré, j’ai réussi à m’en sortir et à créer des entreprises pérennes, à créer des emplois sur quatre continents, à inspirer une nouvelle génération d’entrepreneurs togolais qui, j’en suis sûr, seront à terme beaucoup plus “successful” que moi.

Je vous remercie et bonne année à toutes et à tous.

 

L-frii –M. Grunitzky, merci à vous pour votre disponibilité à être toujours ouvert aux jeunes. Bonne année à vous.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrer votre commentaire !
Veuillez entrer votre nom