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M. Jean-Marie Noagbodji, PDG de C.A.F.E. SA INFORMATIQUE ET TÉLÉCOMMUNICATIONS

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Très chers fidèles internautes du www.l-frii.com , lecteurs et lectrices bonjour et bienvenue à ce numéro de L-FRII, une Personne-un Modèle-un Parcours de Mai 2014.

Nous avons l’honneur d’échanger avec M. Jean-Marie Noagbodji, Président-Directeur Général de C.A.F.E. SA INFORMATIQUE ET TÉLÉCOMMUNICATIONS, une Société  Anonyme qui a fait de l’internet son métier !

L-FRII : M. Jean-Marie Noagbodji bonjour !

M. Jean-Marie Noagbodji : « Bonjour, »

L-FRII : M. le Président, votre société est la première ayant connecté le Togo à Internet en 1997. Qu’est-ce qui a été le déclic ayant conduit les fondateurs à croire en internet et à  l’informatique pour mettre cette société sur des fonts baptismaux ?

M. Jean-Marie Noagbodji : « Je vous remercie pour votre intérêt à Internet. L’internet est une technologie, un réseau que nous avions connu très tôt.

Après les études, mon épouse qui a fait l’administration des postes et télécommunications et moi l’ingénierie en télécommunications avions créé la société C.A.F.E. SA INFORMATIQUE ET TÉLÉCOMMUNICATIONS avec pour idée essentielle de permettre à ce que nos jeunes frères puissent avoir la chance de toucher à cette technologie même depuis les bancs de l’école. Il faut dire qu’au cours de notre formation à l’école d’ingénierie, nous avions passé notre temps à monter nous-mêmes un ordinateur et c’est avec ça qu’on est rentré au Togo.

Au cours des premières années de la société, nous faisions essentiellement de la formation. C’est avec le désir d’offrir aux apprenants ce qu’il y avait  de mieux en matière de formation que nous sommes allés aux États-Unis lors d’un forum et  précisément à Atlanta pour acquérir leur manière de transmettre cette connaissance chez eux au début des années 90.

Notre interlocuteur d’alors, M. Wesley qui nous avait donné rendez-vous, au dernier moment était très occupé et n’a donc pu nous recevoir que du dessous de sa table où il était en train de raccorder des fils. C’était de là, qu’il nous avait lancé de rentrer chez nous en Afrique pour qu’on échange par ‘’Internet’’.

C’était notre première fois d’entendre ce mot ; Internet. Nous sommes donc partis vers les kiosques pour acheter tout document qui traitait de l’internet pour nous informer sur cette nouvelle technologie.

De retour au pays, nous avions offert des stages à quelques étudiants de l’Université du Bénin (actuelle Université de Lomé) sur le Bulletin Board System (BBS), l’ancêtre du serveur web et c’est ainsi qu’a commencé le balbutiement de l ‘’Internet’’ au Togo. »

L-FRII : Depuis plus de 24 ans, C.A.F.E. S.A. INFORMATIQUE ET TÉLÉCOMMUNICATIONS ne cesse de se développer et de se positionner comme la pionnière dans divers domaines en informatique et en télécoms.

Selon les statistiques, 65 % des entreprises disparaissent dès leurs premières années d’existence. Pourriez-vous partager avec nous le secret de cette pérennité ?

M. Jean-Marie Noagbodji : « Ce serait prétentieux de dire qu’il y avait un secret. Ce qui est sûr, c’est que nous avons voulu faire de l’internet la clé du développement de l’Afrique et spécialement celle de notre pays le Togo. Nous avions compris qu’Internet sera la globalisation, que c’était une nouvelle porte qui s’ouvre et que si nous ne l’exploitons pas, d’autres le feraient.

La première activité qui nous accueillit dans le domaine, c’est la connexion internet que nous promouvons pour que les Togolais puissent se connecter de la façon la plus fluide possible.

Nous promouvons aussi le contenu pour que nous ne soyons pas toujours des éternels consommateurs.

Si vous voyez la cartographie de l’Afrique en matière de nouvelle technologie, il n’y a pas encore des portes d’entrée où on produit pour le reste du monde. Il y a donc de la place pour qu’on en profite pour faire de l’Afrique un continent développé.

Un exemple, au cours de nos journées portes ouvertes que nous organisions, nous avions demandé aux jeunes d’aller sur internet et de chercher un cœur de chaine pour créer un autocommutateur. Les jeunes togolais encadrés par notre équipe ont réussi à créer un autocommutateur que nous avions appelé VISION PBX.

Depuis, nous aurions pu continuer à créer d’autres choses comme des modems, des routeurs à partir de ce cœur de chaine sur internet, mais malheureusement le message ne passe pas comme il faut. »

L-FRII : M. le Président, vous venez de faire mention de l’autocommutateur. Pourriez-vous nous dire ce que c’est et quelle est son utilité ?

M. Jean-Marie Noagbodji : « Dans les entreprises, les différents collaborateurs se parlent au téléphone. Quand un appel vient de l’extérieur, on le passe au poste demandé, ou on le fait suivre sur un réseau public lorsque le collaborateur n’est pas au bureau ou même on lui laisse un message vocal ou textuel sur son terminal.

L’équipement, c’est-à-dire le téléphone d’entreprise qui assure ces fonctions est appelé autocommutateur. »

L-FRII : Au vu de votre parcours, M. le Président, vous avez tôt décidé de vous mettre à votre propre compte par l’entrepreneuriat. Quels conseils avez-vous pour la jeune génération dans ce sens ?

M. Jean-Marie Noagbodji : « Lors de la création de la société, je travaillais à la Banque Togolaise pour le Commerce et l’Industrie (BTCI) en tant que chef d’exploitation informatique. J’ai démissionné pour rejoindre mon épouse afin d’assurer la partie technique de l’entreprise que nous avons fait évoluer jusque-là.

Quand nous avions commencé, il y avait un ami qui m’avait dit un jour : « Noagbodji, tu verras il y aura un temps, tu ne sauras même plus si tu es marié ou pas, tu auras tellement de soucis avec cette ambition de création d’entreprise ».

C’est quelque chose qui m’a beaucoup aidé parce que j’ai ainsi su ce qui nous attendait.

Pour entreprendre, il faut savoir que quand vous avez une idée, il faut y croire. Mais quand vous y croyez, attendez-vous à ce que les gens qui sont autour de vous n’y croient pas. Ce qui fait l’entrepreneur, c’est le fait de croire en  une idée, quand les autres n’y croient pas et d’en faire une réalité. En le faisant, les personnes autour de vous vont vous prendre pour un fou mais vous devez continuer et travailler pour sa réalisation. Ces problèmes semblent difficile et vous empêchent parfois de dormir, mais si vous persévérez, à la fin, vous aurez cette joie intérieure d’avoir amené quelque chose du néant au réel.

Enfin, faites tout pour avoir de bons collaborateurs, qui comprennent et veulent progresser avec vous pour relever le défi. »

L-FRII : Au vu de votre expérience sur l’évolution des métiers de l’informatique et des télécommunications au Togo et en Afrique et au vu des défis que la jeunesse doit relever en matière d’entrepreneuriat. M. le Président, quels profils professionnels seront les plus porteurs demain dans ce domaine ?

Jean-Marie Noagbodji : « A l’heure actuelle, l’informatique est un domaine qui est transversal qu’on ne saurait enfermer dans une seule discipline. Que ce soit en médecine, en littérature, en communication…, on a besoin de l’informatique.

Je vous donne quelques exemples pour que vous sachiez que même avec de petits moyens, on peut faire du développement et créer des entreprises.

Il y a des gens à Lomé qui n’ont jamais visité la montagne d’Agou (le point culminant du Togo). Il suffit qu’un étudiant prenne un caméscope loué ou non, qu’il filme le paysage du mont Agou, fasse le montage de la vidéo sur un banc de montage avec un bon commentaire par une voix charmante. Il peut le mettre à la disposition des télévisions ou sur internet. Aujourd’hui, si le travail est bon, le téléspectateur ou l’internaute ne se demandera pas si la personne qui l’a fait est noire ou blanche. Il le consomme. Nos richesses culturelles peuvent être montrées sur internet et avec juste un simple caméscope et un bon business model, on peut rentabiliser ce travail. On peut occuper plusieurs étudiants ou jeunes diplômés par ces projets.

Dans un village sans électricité, il y a toujours un coin où il y a un vidéoclub. Si quelqu’un va sur internet et télécharge des films documentaires de qualité, par exemple l’utilisation des sacs plastiques pour faire des pavés, prend un vidéoprojecteur et un soir réunit les jeunes et leur fait suivre ces films. Il pourra ouvrir l’esprit à ces jeunes pour qu’ils puissent croire en leur rêve et promouvoir le développement dans nos milieux. Cette personne pourra aussi se faire de l’argent. Comment ? En nature. Ces villageois ont au moins un champ. Demandez aux jeunes qui viennent suivre les séances vidéo et autres formations informatiques d’apporter soit des produits agricoles ou d’élevages comme moyen de payement. Vous prenez ces produits pour les vendre au marché et en tirer profit financièrement.

A l’université, au lieu qu’un jeune apprenant aille fouiller des livres de physique, si on résumait tous ces livres physiques et les mettait en numérique, comme vous le faites si bien à L-FRII? cela aiderait à aller plus vite et à rendre l’apprentissage plus simple et un accès gratuit de ces connaissances à tout le monde.

Au CHU (Centre Hospitalier et Universitaire), pour faire une analyse biomédicale, le temps que le résultat prend pour passer du technicien ou du biologiste pour venir au médecin-traitant peut être raccourci si un étudiant créait une application qui permettrait de convoyer toutes les données en un temps record par un réseau à l’interne ou au médecin pour accélérer les choses on sauverait plus de vies.

Il suffit que les jeunes s’y mettent et qu’on mette au niveau de l’état, de nos associations ou des organisations des facilités ou des fonds pour soutenir ces jeunes. Vous verrez qu’à partir de ces choses très simples, on peut développer notre pays et le rendre émergeant. »

L-FRII : La semaine dernière, le gouvernement à lancé la ‘’Vision Togo 2030’’. Selon vous, quelles contributions les jeunes à travers les TIC doivent-ils apporter pour que cet idéal auquel nous aspirons puisse se concrétiser ?

M. Jean-Marie Noagbodji : « Je vous remercie pour cette question. Le fait d’avoir cette vision est extrapolitique et on ne peut donc pas dire que c’est pour un tel ou tel parti politique. C’est assez objectif et cela empêchera le bricolage. On sait où nous allons. Pour moi, c’est une très bonne chose.

Ce que les TIC (Technologie de l’Informatique  et de la Communication) peuvent apporter est bien simple. Nous venons de constater que les TIC sont transversaux. Pour moi, on ne peut pas faire de Vision Togo 2030 sans mettre ces TIC partout.

Mettre les TIC partout est plus que faire en sorte que tout le monde ait ou utilise un ordinateur. C’est plutôt prendre les grands principes pour que les jeunes en 2030 puissent être créateurs de pôles de TIC qui rayonnent vers les autres pays.

Le développement, c’est le fait d’identifier nos propres problèmes et d’utiliser nos connaissances pour les résoudre. Si on arrive à résoudre les problèmes de notre population, alors elle sera développée, et si on arrive à exporter ces solutions, nous arriverons à être un pays développé.

Rassemblons donc les jeunes comme lors du forum des étudiants, des jeunes entrepreneurs du Togo ou d’autres pour que les jeunes proposent des idées puisqu’ils en ont beaucoup. Ces idées doivent aller dans un sens pour régler un problème et si on les accompagne, dans quelques années, vous verrez un foisonnement d’innovations qui fera de notre pays, un vrai pays émergeant. »

L-FRII : Quel message pour les jeunes togolais en général et aux apprenants en particulier ?

M. Jean-Marie Noagbodji : « Aux apprenants, apprenez sérieusement. Vos concurrents ne sont plus vos camarades de bancs ou de classe car avec la globalisation et la mondialisation, vous devez être en mesure de rivaliser avec une personne qui a fait ses études aux États-Unis, à Singapour ou au Royaume-Uni. Ne vous contentez pas de dire que vous avez dépassé votre camarade de banc, mais vous devez être dans le mouvement mondial. Vous avez le moyen à votre disposition : c’est INTERNET !

Avec internet, la plupart des jeunes ont des amis un peu partout. Demandez à vos amis dans les pays développés ou en développement ce qui se fait de meilleur de l’autre côté. Avec leurs apports, vous aurez une ouverture d’esprit qui vous permettra de faire les mêmes choses ici et les dépasser quelques fois.

On parle d’entrepreneuriat partout actuellement, il faut que les jeunes sachent qu’un jeune sans initiative à l’heure actuelle est un jeune mort-né. Prenez de l’initiative ! En entreprise, dans l’armée, dans un laboratoire ou dans un service quelconque, le collaborateur qui n’a pas d’initiative, ne permet pas à l’entreprise ou au patron d’évoluer, vous n’enrichissez pas l’entreprise et la seule chose que vous aller faire, ce sont les bêtises qui sillonnent nos villes.

Travaillez et ayez donc de l’initiative. Je vous remercie ! »

L-FRII : C’est nous qui vous remercions pour votre disponibilité. A bientôt.

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