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Me Darius ATSOO Kokou

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dariusAffectueusement nommé « TOTEKPO MAWU » par sa très chère mère, Darius ATSOO Kokou est né le 25 Octobre 1972 à Atakpamé, la ville aux cinq collines. Avocat au barreau du Togo, Me Darius a fait des études en droit, sanctionnées par un diplôme d’études supérieures spécialisées en droit des affaires avant d’obtenir le certificat d’aptitude à la profession d’avocat. Ayant pour passion le football, l’homme est devenu arbitre FIFA depuis 2003. Depuis 1997 il s’est engagé dans la vie associative par le truchement de la Jeune Chambre Internationale dont il a l’expérience du leadership depuis la base jusqu’à l’international. Aujourd’hui, il nous ouvre la porte de ses locaux.

Maître, bonjour.
bonjour.
D’entrée de jeux Me Darius, quel a été votre cursus scolaire du primaire au lycée ?
Je suis né le 25 Octobre 1972 à Atakpamé donc naturellement, j’ai fréquenté l’école primaire catholique de la cathédrale. Après mon Certificat d’Etude du Premier degré CEPD, j’ai effectué les classes de 6eme et de 5eme au CEG « NYEKONAKPOE ». En 1988 à partir de la classe de 4ème, je suis revenu à Atakpamé au collège saint Albert le Grand où il régnait un régime d’auto discipline instauré par les religieux. En 1991, j’obtins mon baccalauréat série D.
Quel sont les faits, les expériences qui vous ont marqué durant ce parcours scolaire ?
Déjà au cours primaires (rire), en classe de CE1, j’avais une maîtresse que j’admirais beaucoup au travail. Et, à côté nous jouons au football tous les matins avant d’entrer en salle, à 11h15 nous jouons avant de rentrer à la maison. A 14h, il faut jouer avant d’entrer en salle de classe et à 17h, nous jouons encore. Ce qui a fait que cette école a présenté dans le temps l’une des meilleures équipes de foot par rapport aux autres écoles primaires. En ce qui concerne le collège, entre la classe de 6eme et 5eme, j’ai fait le CEG Nyékonakpoé. On avait un directeur à l’époque M. ADEDJE, qui avait instauré une obligation pour les filles et pour les garçons de piquer les chemises sous peines de fessés. Il faut dire que cela nous distinguait des autres élèves et c’était beau à voir. Au collège Saint Albert, le régime d’auto discipline m’a beaucoup marqué. La direction du collège Saint Albert estime qu’il faut donner l’opportunité aux élèves de se prendre en charge, de voir ce qui est bien pour eux, et ce faisant, cultiver des valeurs telles la liberté, la discipline, la responsabilité, la fraternité et d’autres encore.
Forcement après le BAC, vous aviez eu à faire des études universitaires ? Parlons-en ?
Au départ, je voulais faire des études d’architecture. Mais malheureusement cette année-là, à cause de la crise socio politique que le pays a connu, le concours n’avait pas été lancé. J’ai quand même senti le besoin de faire quelle que chose qui débouchera sur un emploi libéral. Alors, en suivant les films policiers, la série « Messieurs les jurés » diffusée sur la télévision nationale et qui montrait de grands procès d’assises, je me suis dit pourquoi pas le barreau. Je crois que subsidiairement que j’ai su forger une vocation à partir de là.
Mais c’est surtout à partir du combat menés par certains avocats, membres de la société civile pour l’avènement des libertés publiques au Togo, que j’ai reçu une grande influence. Je me rappellerai toujours des bâtonniers AGBOYIBO, KOFFIGOH, et DOVI dont l’engagement en tant que citoyen m’ont définitivement propulsé vers le droit. Finalement j’ai fait l’option du barreau. De 1992 à1996, je suis sorti nanti d’une maîtrise ES science juridique au droit des affaires. Après, j’ai préparé un diplôme d’étude supérieure spécialisée en droit des affaires. J’étais de la première promotion cumulée Université du Bénin d’alors et celle Université Nationale d’Abomey Calavi en république du Bénin. Après cette formation j’ai été admis sur concours à l’école d’avocat. Un an après, j’ai obtenu le certificat d’aptitude à la profession d’avocat et, c’est le début d’une carrière.
Maître, vous aviez eu à utiliser à plusieurs reprises le terme BARREAU. C’est quoi le barreau ?
Un barreau est un ordre professionnel des avocats, un organisme professionnel, administratif et juridictionnel de défense et de régulation de la profession des avocats. Ce regroupement d’avocats se crée dans le ressort d’une Cour Appel. Au Togo, il existe deux cours d’appel, celle de Kara et de Lomé mais pour l’instant, on a qu’un seul barreau, le barreau du Togo.
Alors sur le campus, quels sont les faits qui vous ont plus marqué ?

 
Je dois retenir déjà les situations difficiles dans lesquelles on avait étudié. Pour suivre un cours de droit constitutionnel, un cours d’économie politique ou de droit civil, il faut se réveiller très tôt pour pouvoir trouver une place. C’était très difficile et certainement que ça l’est davantage aujourd’hui. Ce sont des difficultés très marquantes mais en même temps, elles étaient pour moi une source de motivation. Il était donc hors de question d’étudier dans ces conditions et ne pas atteindre les objectifs que je me suis fixés.

Alors maître, parlez-nous de vos débuts dans la profession. Comment ont été vos débuts ?
Je dois signaler que je n’ai pas éprouvé de difficultés d’abord pour avoir un stage en entreprise. En 1997 déjà, j’étais président de la Jeune Chambre Universitaire, et l’or d’une de nos conventions nationale, j’ai rencontré Maître Martial AKAKPO qui, lui-même est avocat au barreau et qui serait mon futur maître de stage. Il m’a dit ceci : « Darius, le barreau ne t’intéresse pas ? ». Je lui ai répondu oui et, il dit de nouveau : « dès que tu aurais pris la décision, passes me voir au cabinet ». A l’époque, je faisais un stage en entreprise à la Banque Togolaise pour le Développement BTD au service contentieux. Six mois après, je suis allé voir Me AKAKPO et il m’a réservé ma place tout de suite. Il m’a donc montré le chemin et je lui rends cet honneur aujourd’hui. Son geste m’inspire d’autant puisque je veux aussi aider d’autres jeunes, leurs offrir les mêmes opportunités tel que lui, il me l’a offerte. Il m’a facilité cet accès à la profession de sorte que je n’avais aucune difficulté. On était déjà donc en pré-stage au cabinet et on suivait également les formations à l’école d’avocat, ce qui présentait des intérêts sur le plan pratique dans la mesure où, nous étudions les dossiers, nous fréquentions les audiences et nous apprenions par pratique.
vous l’aviez dit maître, au début il n’y a pas eu de difficultés. Mais est ce qu’on peut parler de souvenir positifs et/ou négatifs ?
Des moments heureux, on en vie tous les jours. Il y a eu des procès d’assise auxquels on a pris part, des commissions d’offices qu’on a assurées où on a vu la force de la parole dans un prétoire protéger la liberté d’un homme. Tout cela a été des moments de plaisir qu’on a partagé et qu’on doit insuffler à la génération qui nous suit, pour pérenniser les valeurs de cette profession. Des souvenirs négatifs peuvent être aussi évoqués. Vous avez la conviction d’avoir tous les éléments pour assurer avec succès l’intérêt de votre client, mais n’oubliez pas le juge. Il est là au juste milieu, écoute deux parties et prend une décision. La plupart du temps, c’est le juge des référés, le juge de l’urgence qui, prend une décision qui ne préjudicie pas au fond de l’affaire. Parfois, il est emmené à prendre la décision sur le siège parce qu’il y a une certaine urgence. Il est donc obligé de donner raison ou tort à l’une ou l’autre partie. Finalement, je m’accroche à un conseil qu’un ancien bâtonnier du barreau de Colmar, Maître PAULUS m’a donné : « Darius, lorsque tu auras le sentiment d’avoir tout apporté à ton client, et bien, ce que le juge décide après ne te regarde plus. »
Qu’est-ce qu’un procès d’assise ?
Le procès d’assise, est un procès qui est déféré à une Cour d’Assise, cette juridiction à laquelle notre code de procédure pénale a confié la compétence de juger les citoyens accusés d’avoir commis des crimes. Compte tenu de la gravité des crimes, et des peines, que ces présumés accusés encourent, ces derniers sont renvoyés devant la Cour d’Assise par la chambre d’accusation qui est une chambre près de la cour d’appel.
Nous avions eu à le dire au début de cet entretien, vous êtes arbitre FIFA. Comment et qui peut devenir arbitre FIFA ?
J’avais souligné que j’aimais le football avec l’expérience du cours primaire où, on jouait pratiquement quatre fois dans la journée. J’ai été encouragé par l’un des brillants arbitres que le Togo n’ait connu dans son histoire, feu Monsieur ABOKI Amakoe Amavi qui m’a vu une fois officier un match alors que je ne suivais pas encore les cours d’arbitrage. C’était déjà à Atakpamé dans les années 1987. Donc, je me suis inscrit à la Commission Régionale des Arbitres à Atakpamé. Nous suivons des cours sur les lois du jeu et passaient des examens théoriques après deux ans pour devenir arbitre de district, ensuite, deux ans encore pour devenir arbitre de ligue puis deux ans après, on devient arbitre fédéral. Et c’est parmi les arbitres fédéraux que la fédération nationale, donc la FTF dans le cas d’espèce sur proposition conjointe de la Commission des Arbitres et du département de l’arbitrage, qu’une liste des arbitres est envoyée à la FIFA, pour que la commission des arbitres de la FIFA statue et retienne des arbitres internationaux. Je précise qu’il faut être arbitre fédéral et, avoir satisfait aux tests médicaux et physiques, et avoir sur l’année, officier un certains nombre matchs de championnat sur lesquels vous avez été évalué. Donc moi je suis arrivé sur la liste en 2003.
Est-ce qu’on devient arbitre FIFA une fois pour de bon ?
Non !justement, vous verrez que les arbitres, normalement portent un badge et sur le badge vous verrez l’année de désignation. C’est du 1er janvier au 31 décembre, donc un an. Chaque année, chaque pays soumet une nouvelle liste à la FIFA, et généralement en octobre, la commission des arbitres de la FIFA analyse les listes et statue. J’ai eu le plaisir de prendre part à la Coupe d’Afrique des Nations des moins de 17ans (U-17) en 2005 en Gambie et la Confédération Africaine de Football (CAF), m’a reconduit en 2007, lors de la même compétition à Lomé.
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C’était des moments de grands plaisirs et d’émotions lorsque vous officiez des matchs sur des stades comme le stade des Martyrs en RDC, le stade Carmagnola à Kinshasa où il y a 80 à 90 milles spectateurs, ou encore à Tizi-Ouzou en Algérie, lorsqu’une équipe comme la jeunesse sportive de Kabylie c’est un moment d’intense émotions où je retrouve en même temps les exigences d’éthique, de discipline, d’équité, de justice et de courage.
Il apparaît clairement que sur le terrain de jeu comme devant un Tribunal, vous êtes emmenés à prendre des décisions et à dire la loi.
Quel lien peut-il y avoir entre l’arbitrage et le métier d’avocat ?
(Rire). Etre arbitre et avocat … le second c’est ma profession et le premier ma passion. Mais au-delà de tout, l’arbitrage entretien ma santé puisque je dois m’entrainer tous les jours, des entrainements de 60 à 80 minutes de lundi à samedi pour être en forme et rester au haut niveau. Alors, comme je l’ai relevé, qu’on soit avocat ou arbitre, il y a une exigence de valeurs qui frappe au front à chaque instant. Lorsqu’on prête serment pour devenir avocat, on est lié par un certains nombres de valeurs dont personne ne peux vous délier, je dis bien personne. Ce sont des valeurs qui vous conduisent partout où vous êtes dans la société. Il faut donc être un modèle, un exemple, cela, ça vaut aussi bien qu’on est sur un terrain de foot ou dans un prétoire. Je crois que les deux me complètent très bien. Maintenant, mon souhait c’est qu’on tende vers le professionnalisme afin que les jeunes qui viennent après nous aient la possibilité d’être juste arbitre au lieu d’être arbitre et avocat (rire).
Que pensez-vous de la vie associative ?
Lorsque nous voyons les défis auxquels nous sommes confrontés, les objectifs du millénaire, la capacité de nos gouvernants semble être limitée. Donc les associations, la société civile, et les syndicats ont un rôle fondamental à jouer. Les jeunes ne peuvent plus prendre la liberté de rester à l’écart de ce qui se passe et, attendre que les autorités politiques et administratives proposent des solutions toutes faites ou des solutions à tous leurs problèmes. Le seul cadre où ils peuvent légalement s’organiser pour influencer les événements, c’est l’engagement citoyen à travers des associations. Et dans les associations on apprend et on développe ses capacités de leadership, on rencontre d’autres jeunes et on établit son réseau sur le plan national comme international. Donc, c’est un mécanisme particulièrement intéressant pour les jeunes pour dire concrètement à la société, ce qu’ils souhaitent pour leur communauté. Moi, j’encourage les jeunes à militer dans les associations citoyennes et à poser des actions aussi petites soient-elles. L’initiative associative est une très bonne chose vers laquelle les jeunes doivent s’orienter pour apporter des solutions citoyennes à leurs problèmes.
alors maître, nous vous savons Jeune Chambre. Racontez-nous comment ça s’est fait ?
Ah oui !la jeune chambre, au-delà de tout ce qu’on dit, c’est une organisation mondiale de jeunes citoyens actifs, qui ont décidé, au lieu de se plaindre du matin au soir, d’agir pour apporter des changements positifs dans leur communauté. Nous ne disons pas avoir les meilleures solutions mais nous sommes convaincus que nous pouvons à travers nos petites actions, contribuer et améliorer les problèmes de nos communautés. J’ai donc adhéré à la Jeune Chambre Universitaire en 1997 et depuis, avec d’autres jeunes avec qui nous avons fait le pari de créer une organisation locale, la Jeune Chambre Lomé Prestige, dont je fus le 2ème président local plus tard je suis passé à la présidence nationale de la Jeune Chambre du Togo en 2010. Aujourd’hui, je suis en train de terminer ma carrière sur le plan international. J’ai été l’année dernière l’assistant spécial de notre président mondial chargé du sponsoring pour l’Afrique et le Moyen Orient. Cette année je suis l’un des seize vices présidents de la Jeune Chambre Internationale assigné à neuf pays en Afrique le Bénin, le Burkina-Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée, la RDC, les Comores, le Congo, le Sénégal et le Tchad. Je dois rendre visite aux membres jeunes chambres pour leur apporter le message de notre président mondial, qui cette année, nous invite à transformer notre passion en action pour avoir des résultats. La Jeune Chambre Internationale est une très belle expérience pour moi.
Quel regard portez-vous sur l-frii et quels conseils pourriez-vous donner à toute l’équipe ?
Je tiens à vous féliciter pour cette initiative que vous aviez eu de mettre ensemble ou de créer le cadre de discussions, de mise en contacts des jeunes pour parler de leur quotidien, de leur problème et surtout, dans un contexte très difficile avec vos propres moyens. Je pense que vous avez besoin d’être encouragé, et je n’ai pas de doute qu’étant donné que vous êtes sur le net, vous n’auriez pas mal du tout à avoir l’appui des bonnes volontés pour que vous continuiez par offrir l’opportunité aux jeunes de se manifester et de s’exprimer. Je souhaite vivement que cette tribune que vous offrez, contribue réellement à inviter les jeunes à être au cœur de l’action, à être les artisans de leur destin et de leur avenir. Encore une fois je vous en félicite et si je peux vous appuyer en quelques choses, n’hésitez pas.
Votre mot de fin.
uné fois de plus c’est à notre jeunesse que je pense pour qu’elle soit estudiantine et qu’elle soit à la quête d’un mieux-être. Il est vrai que les choses sont difficiles mais nous avons besoin d’oser, d’avoir le courage et de travailler. C’est seul le travail qui peut changer notre condition et rendre notre pays meilleur. Le travail libère l’homme, ne l’oublions pas.
Daniel AMOUZOU-LANTA

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