“Même à 100 ans, personne ne mérite de perdre son père “, l’émouvante lettre du Togolais David Kpelly à Maël, le fils de DJ Arafat

Il est toujours difficile de perdre un être cher. Mais il l’est encore plus pour un enfant de perdre son père. Conscient de cela, l’écrivain Togolais, David Kpelly, enseignant à Bamako au Mali, a décidé d’adresser une lettre remplie d’espoir à Maël, le fils de l’artiste défunt DJ Arafat.

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C’est à travers un post via son compte Facebook que le lauréat du Prix littéraire France-Togo 2010 et du Prix de la meilleure nouvelle de langue française du Festival international Plumes francophones 2012 parle, langue déliée, à son jeune frère désormais orphelin de père.

À MAEL : MÊME A 100 ANS, PERSONNE NE MÉRITE DE PERDRE SON PÈRE

Cher Maël,

La première fois où je t’ai vu, il y a quelques mois, c’était dans l’un des multiples directs Facebook de ton père. Vous parliez, toi et lui, d’une affaire de Nintendo qu’il devait t’offrir. En quelques heures, j’ai traqué toutes les vidéos de vous deux. La complicité et l’affection qui se dégageaient de vous m’a rappelé mes propres relations avec mon père, avant que la grande nuit ne le recouvre.

Hier, à la cérémonie d’hommage, je t’ai vu, avec ton frère et ta sœur. Tu te dégages déjà comme le leader de cette jeune fratrie. Je t’ai vu adresser un dernier message émouvant au défunt, et j’ai vu la tristesse émanant de ton être malgré ton sourire et ton innocence.

Tu as, Maël, ai-je lu, 10 ans. Tu viens d’être sevré de l’amour paternel à 10 ans. J’ai perdu le mien à 16 ans. J’étais donc plus âgé, plus conscient du drame que tu ne l’es aujourd’hui. Tu ne reverras plus, et c’est la seule réalité dont tu es conscient pour le moment, ton père. Mais, Maël, tu verras, il y a la vraie vie d’un orphelin de père.

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Tu as, actuellement, autour de toi, une multitude de parents, d’amis et de fans de ton père, et tu te sens protégé. Tu auras ce sentiment le temps que dureront les obsèques. Puis tu te retrouveras seul. Seul avec ta mère. Seul avec ton frère et tes sœurs.

Parce que tout ce monde, même ceux qui te font les promesses protectrices les plus fermes, s’en ira. Pas parce qu’ils sont mauvais, mais parce qu’ils ont leur vie. Pas parce qu’ils ne veulent pas être là. Mais parce qu’ils ne peuvent plus être là. Ils ont leurs familles, leurs propres enfants, à protéger. Car aucun amour, crois-moi Maël, n’a jamais réussi à pousser aucun être humain à sacrifier sa propre famille pour celle d’autrui.

Il y aura, évidemment, beaucoup d’hommes qui seront prêts à te jouer le rôle de père. Mais chaque fois que tu lèveras la tête, tu verras dans leurs yeux cette humiliante pitié avec laquelle ils te regardent. Tu auras l’impression de quémander l’amour paternel. Tu auras à revoir ta manière de réclamer des jeux vidéo, des cadeaux, des câlins, même de la part de l’homme le plus disponible qui voudra remplacer ton père. Et certains matins, le manque sera si profond, la frustration si grande, que tu auras envie de sortir dans la rue, enlacer le premier arbre, et l’appeler : « Papa ! »

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Mais tu grandiras. Tu verras. Ton frère grandira. Tes sœurs, grandiront. Ça passe si vite. Beaucoup se posent aujourd’hui la question, en voyant combien tu aimais ton père et l’amour qu’il te donnait : « Survivra-t-il à son père ? » Oui, tu lui survivras. On a posé la même question à mon sujet. Mais j’ai pu survivre à mon père. Même si je n’oublierai jamais que même à 100 ans, personne ne mérite de perdre son père.

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