L’assassinat à Rouen de l’enseignant-chercheur guinéen, Mamoudou Barry, qui a soutenu sa thèse de Doctorat en Droit en juin dernier en France, soulève une vague d’indignation. En France comme en Guinée, les réactions sont vives.

Meurtre du Guinéen Dr Mamoudou Barry en France récit poignant d’un proche ; Alpha Condé très triste



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Dans son pays d’origine, le défunt Mamoudou Barry fait la Une de la presse et les hommages se multiplient. Le portrait de Mamoudou Barry, avec son sourire en coin, inonde aussi les réseaux sociaux.

Alpha Condé attristé

Dans un message sur les réseaux sociaux, le président guinéen, Alpha Condé, s’est dit « très touché par le meurtre du docteur Mamoudou Barry ».

Il a présenté ses « condoléances les plus attristées à la famille Barry et au Peuple de Guinée » qui pleure un de ses vaillants fils.

Enfin, Prof Condé a indiqué que « le Gouvernement suit de très près l’évolution des enquêtes diligentées par les autorités françaises ».

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Un meurtre odieux relaté par un proche

Selon un ami proche de la victime, Kalil Keita, Mamoudou Barry était dans sa voiture en compagnie de sa femme quand un individu de peau blanche les a insultés. Cet ami, Kalil Keita, enseignant à l’Université de Rouen, est la première personne que la femme de la victime a appelée.

Son récrit :

« Mamoudou et moi étions convenus qu’on va regarder le match de la finale de la CAN (Coupe d’Afrique des Nations, Ndlr) ensemble chez moi. Il m’avait envoyé un message pour cela. On s’appelait affectueusement « Grand, petit, camarade ». Alors, il m’a envoyé un message en me disant : « Madiou (qui était venu de Conakry assister à la soutenance de Mamoudou le 27 juin) et moi, on passe chez toi ce soir, on va suivre le match ». Je lui réponds en lui disant : « camarade, avec grand plaisir ». Vendredi, il m’envoie un autre message pour dire « camarade, c’est confirmé on arrive vers 20h ». Il était dans son appartement avec son ami Madiou avec sa fille. Sa femme Diaraye était allée au travail. Vers 19h, sa femme l’appelle en lui demandant de venir la chercher parce qu’elle devait également faire des courses (…). Mamoudou laisse sa fille Fatou de deux ans avec Madiou et part chercher sa femme.

Pendant ce temps, de mon côté, je suis allé nous acheter à manger parce que la soirée s’annonçait très amicale, le lendemain Madiou devait voyager sur Conakry. Alors Mamoudou qui est allé chercher sa femme, rencontre sur le chemin du retour l’agresseur qui était au niveau d’un arrêt de bus. Mamoudou roulait tout doucement les vitres descendues.  L’individu les (Mamoudou et sa femme, ndlr) as pointés du doigt en leur disant : « Vous les noirs, on va nous niquer ce soir, vous êtes des sales races, on va niquer vos mères ».Mamoudou était choqué au regard des propos à la fois violents et racistes. Il dit à sa femme qu’il descend pour avoir des explications. Diaraye lui dit « Non, laisse tomber, c’est des gens qui provoquent ». Mamoudou répond que c’est trop direct et trop violent. Alors il descend pour raisonner l’individu et demander des explications. L’agresseur répète les mêmes mots, les mêmes injures avec la même violence. Mamoudou lui dit « pourquoi vous nous insultez ». Il n’a même pas terminé la phrase, l’individu a commencé à lui donner des coups de points. Pour respecter son intimité, je ne peux pas tout décrire.

L’arrêt de bus est équipé de caméras de surveillance. Ce qu’on voit dans les images, Mamoudou tombe sur le quatrième coup. Sa nuque cogne le trottoir. Sa femme Diaraye était là impuissante et pleurait. Elle dit à l’agresseur : « tu as tué mon mari, tu as tué mon mari ». Ce dernier répète les mêmes mots, les mêmes injures racistes à l’encontre de Diaraye en lui disant si tu ne fais pas attention, je te mets par terre toi aussi. L’individu était là tranquille, la casquette renversée, les deux mains dans la poche, il a continué son chemin. Pendant ce temps, Mamoudou était couché à même le sol. Quelques personnes sont venues lui porter secours. Face au déluge de violence, Diaraye a sorti son téléphone pour m’appeler directement et me disait en pleurant : « Kalil yo vient, Mamoudou est mort ». Elle ne faisait que répéter ça au bout du fil. J’ai essayé de la raisonner en lui faisant comprendre qu’à peine une heure, j’étais avec son mari au téléphone. Puisque dans ma tête, Mamoudou n’est pas avec Diaraye. J’ai dit à Diaraye « calme-toi, tu fais un cauchemar, Mamoudou n’a rien ». Mais elle pleurait en me priant de venir.

Sur le coup, une dame a repris le téléphone des mains de Diaraye pour me saluer. Elle me dit : « vous connaissez la victime ? ». Je demande quelle victime. La dame me dit que le mari de cette femme a été agressé, il faut que vous veniez tout de suite. J’étais paniqué. Mais j’ai fait demi-tour pour arriver sur les lieux. J’ai trouvé la scène de crime dans un état indescriptible. Les secours étaient déjà sur les lieux. Ils n’ont pas accepté que je vois Mamoudou qui était déjà dans leur véhicule. Je commence à consoler Diaraye.

Entre le lieu du crime et chez Mamoudou, c’est quelque pattées. Je suis allé vite trouver Madiou pour lui expliquer ce qui s’est passé. Il n’en revenait pas. Il rigolait même parce que pour lui ce n’était pas possible. J’explique à Madiou qu’il nous ait arrivé quelque chose de très grave (…), il a compris que ce n’était pas une blague. On est allé ensemble, on a amené Mamoudou aux urgences. De 21 heures à 4heures du matin, on était là assis dans l’attente de nouvelles. L’attente était devenue interminable. A 4heures du matin, les médecins sont venus en groupe. Ils nous ont dit : « A qui doit-on nous adresser ? » La femme qui parlait commence à tourner en rond. Je dis madame : « je suis quelqu’un de très direct. N’hésitez pas, dites-moi ce qu’il y a puisqu’on a attendu pendant huit heures ». Alors elle m’a dit que Mamoudou ne pouvait pas s’en sortir. Je suis tombé sur le coup, ils m’ont relevé, je suis retombé de nouveau (…). Il avait des branchements partout, il était dans un coma artificiel avec des lésions cérébrales ».

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Un suspect arrêté, mais hospitalisé

Le suspect est un Français d’origine turque (et non de nationalité turque ou algérien comme cela a été évoqué dans un premier temps), âgé de 29 ans, ont précisé des sources policières à l’AFP.

L’homme aurait en outre des antécédents psychiatriques et serait connu pour des problèmes de stupéfiants. La garde à vue du suspect a d’ailleurs dû être levée quelques heures après son interpellation, à la suite d’un examen médical qui a conduit à son hospitalisation, a précisé le procureur de Rouen.

Il aurait été retrouvé grâce à la vidéo-surveillance et à l’audition de témoins. Selon ces derniers, il aurait crié « sales Noirs, on va vous niquer ce soir ».

C’est indéniablement un crime raciste, affirme l’avocat de la famille, qui souligne aussi la violence de l’attaque, puisque Mamadou Barry aurait été battu à coups de poings et de bouteille. En revanche « rien ne permet d’établir que c’est en lien avec la finale de la CAN », précise Maître Haddad.