Mr Etienne Ayikoé Ayité, Professeur de chirurgie générale, Médecin-Chirurgien, PCA UAT Assurances…

Mr Etienne Ayikoé Ayité, Professeur de chirurgie générale, Médecin-Chirurgien, ancien 1er vice-doyen à Faculté Mixte de Médecine et de Pharmacie (FMMP) de l’Université de Lomé, ancien Secrétaire Général Adjoint du Réseau d’Excellence de l’Enseignement Supérieur en Afrique de l’Ouest (REESAO), ancien Directeur de la Direction l’Information, des Relations Extérieures et de la Coopération (DIRECOOP) de l’Université de Lomé, ancien Président du Comité d’Organisation du Forum National de la Coopération Universitaire, Expert en Médecine d’assurance, Président du Conseil d’Administration de l’UAT( Union des Assurances du Togo) Assurances-vie, Chevalier de l’Ordre des Palmes Académiques … et un fervent promoteur de l’entrepreneuriat auprès des jeunes est l’invité de L-FRII, une Personne, un  Modèle, un Parcours de juillet 2014.

 

L-FRII : « Professeur bonjour. »

Pr Ayikoé Ayité : « Bonjour. »

 

L-FRII : « Professeur, le mois de février 2014 a été marqué par votre élévation  au rang de Chevalier de l’Ordre des Palmes Académiques. Comment vous êtes-vous sentis après cette nouvelle reconnaissance ? »

Pr Ayikoé Ayité : « Merci. Les responsables qui ont estimé que je méritais cela, je les ai remerciés, mais pour moi, la vie continue, c’est encore un devoir de plus qui doit m’amener à m’améliorer à travers mon comportement et mon travail. »

 

L-FRII : « Votre illustre carrière, éminent Professeur,  est sans doute le fruit d’une instruction de qualité et d’une formation pointue. Professeur, voudriez-vous partager avec nous, ce périple intellectuel (sur les plans scolaires et universitaires) ? »

Pr Ayikoé Ayité : « J’ai fait mes études primaires et secondaires jusqu’au baccalauréat au Togo avant de partir étudier la médecine en France comme la plupart des autres étudiants togolais dans le temps. En France, précisément à l’Université de Lille, j’ai continué les études et obtenu le diplôme de chirurgie. Après je suis rentré en Afrique au Niger, le pays de ma femme où j’ai travaillé cinq années à l’hôpital et à l’université avant de revenir au Togo.

Au Togo, j’ai passé le concours d’assistanat, puis les autres grades normalement jusqu’au concours d’agrégation puis Professeur titulaire de chirurgie.

À mon avis, mon parcours, je ne le trouve pas aussi illustre que ça. Je n’ai pas beaucoup plus de mérite que d’autres. Je suis convaincu d’une chose, c’est que la vie est une question de concours de circonstances et de chances. Si vous avez une chance dans la vie, il faut la saisir, et ce n’est pas qu’on soit plus brillant que d’autres. Nous sommes dans la bonne moyenne et par les concours de circonstances, on peut aller loin ou pas. »

 

L-FRII : « Vous êtes chirurgien, qu’est-ce qui a été à l’origine de ce grand amour pour la chirurgie ? »

Pr Ayikoé Ayité : « C’est vrai, la chirurgie est une question de passion pour moi. À la faculté de médecine où on étudiait à Lille, lorsque  j’étais en DCEM4 (Deuxième Cycle d’Etudes Médicale 4è année), je pensais que la chirurgie était trop compliquée et que je ne la ferais pas. En cette année, la première fois que je suis rentré au bloc opératoire et que j’ai vu les chirurgiens habillés et en train d’opérer, j’ai eu directement la conviction que j’étais fait pour cela. C’est vrai que c’est un amour quand même tardif né comme par une révélation. Le jour même, à la fin de l’opération, je suis allé voir le Professeur pour lui faire-part de ma décision d’être chirurgien. Là, il me dit, « …reviens me voir après si tu gardes toujours cette bonne intention… ». En TCEM1(Troisième Cycle d’Etudes Médicale 1è année),  je revins le voir et il me donna un rendez-vous à minuit dans son bureau. Arrivé-là, il était en train de travailler. Déjà, cela m’avait impressionné. Il m’a donc donné des conseils et après je me suis accroché. J’ai fait donc ma spécialisation par passion. »

 

L-FRII : « Vous aviez séjourné et exercé de longues années à l’étranger avant de revenir au pays. Pourquoi avoir choisi de revenir de l’occident, que plusieurs n’ont jamais songé quitter ? »

Pr Ayikoé Ayité : « Après ma spécialisation, j’ai travaillé deux ou trois années en France où je gagnais très bien à l’époque. C’est vrai que j’étais apprécié de mon patron qui était Chef de service et qui voulait que je reste.

Un congé passé en Afrique, m’a permis de comprendre qu’on avait plus besoin de moi ici qu’ailleurs. J’ai donc décidé de rentrer avec ma femme qui est pédiatre, pas directement au Togo, mais dans son pays, le Niger. Je suis allé voir mon chef pour lui annoncer la décision. Là, il me demanda combien je gagnerais là-bas le mois. Je lui dis trois cent mille (300.000) CFA en tant que recruté et expatrié au Niger alors que c’était plus de deux millions francs (2.000.000) CFA en France. Il n’en revenait pas. Je suis donc parti pour le Niger.

Au bout de cinq ans, quand j’ai décidé de rentrer au Togo, je suis allé chez lui et dans nos discussions, il voulait toujours que je revienne en France. Là, je lui annonçai que maintenant, c’est cent quarante-cinq mille francs (145.000frs) CFA le mois.

Je vous en parle parce que malgré que les conditions ne soient pas les meilleures, je ne le regrette pas du tout. Avec du recul, je suis fier d’avoir fait ce choix. Aujourd’hui quand je vois mes élèves à l’instar du Dr Bénissan et autres, cela me rend fier. Ces étudiants qui ont fait leurs études au Togo et qui n’ont rien à envier à nous qui les avons faites en Europe et qui sont quelques fois plus forts que nous, je trouve ça très valorisant d’avoir contribué à écrire une page de l’histoire de cette nouvelle génération de médecin de notre pays. »

 

L-FRII : « Vous avez été Directeur de la Direction de l’Information, des Relations Extérieures et de la Coopération à l’Universitaire de Lomé de 2008 à 2013, voudriez-vous partager avec nous cette expérience ? » 

Pr Ayikoé Ayité : « Quand j’étais 1er Vice-Doyen à la faculté de médecine, le Président de l’Université, Professeur Ahadzi-nonou avait participé à un séminaire inter universitaire du REESAO dont j’étais le Secrétaire Général Adjoint. Là, il me dit qu’ils ont pensé à moi pour diriger la direction de la coopération universitaire compte tenu de mes capacités d’organisation des congrès, à faire venir les gens de partout et à trouver du financement. J’ai accepté la proposition après quelques jours de réflexion. Je devais aller en formation pour mieux assumer cette nouvelle responsabilité, mais après ma nomination compte tenu des problèmes de moyens de l’université, je n’y ai pas été.

Par bon sens, nous avions écrit un plan d’action qui divisait la direction en trois départements : la division de l’information et de la communication, la division des relations extérieures et la division des partenariats.

Le Président de l’université ayant accepté ce plan, nous avons donc commencé par travailler avec l’équipe pour assurer la communication aussi bien à l’intérieur de l’université qu’à l’extérieur et être cet interlocuteur pour les partenaires de notre université.

Le travail avec l’équipe et nos partenaires a permis de hisser ce département à ce niveau auquel il se trouve aujourd’hui.»

 

L-FRII : « Ces dernières années, vous avez été très proche des étudiants par votre initiative du Forum National de la Coopération Universitaire, qui prend en compte leurs réelles préoccupations en l’occurrence, un avenir meilleur. Qu’est-ce qui a motivé le lancement de cet événement qui sera à sa sixième édition cette année ? »

Pr Ayikoé Ayité : « Ce travail à la tête de la direction a débouché sur le forum de la coopération universitaire qui est comme la cerise sur le gâteau et qui permet de fédérer  tous ces acteurs partenaires de notre université. La direction de la coopération négociait avec des acteurs, il faut donc qu’à un moment donné, nous puissions nous rencontrer pour échanger et voir où en sommes-nous. C’est comme cela qu’est née l’idée du Forum National de la Coopération Universitaire (FNCU).

L’idée du forum fut proposée au Président de l’Université de Lomé qui l’avait accepté et financé à la première édition. Les années suivantes, nous avons donc cherché des partenaires stratégiques à l’instar de Togo Cellulaire. Au début, c’était seulement l’Université de Lomé, après on a intégré l’Université de Kara et au fil des éditions, les autres universités et écoles supérieures se sont ajoutées. C’est devenu ce qu’est-ce forum aujourd’hui ; une grande foire.

Parmi les projets proposés au Président de l’université en marge de ce forum, il y avait celui de la Convention pour l’Excellence et la Valorisation de l’Enseignement Supérieure au Togo (CEVEST) qui rassemblera les universités publiques et privées avec comme objectif  l’idée selon laquelle, les plus forts aideraient les moins forts à atteindre l’excellence, à créer des formations en commun et à partager les ressources humaines et matérielles. Cette convention sera signée le 20 Février 2014. Ceci permettra de contrôler le niveau de l’enseignement et les diplômes dans toutes ces universités. »

 

L-FRII : « Au cours de ces dernières années, vous vous évertuez à faire passer le message de l’entrepreneuriat aux étudiants des universités en particulier et aux jeunes en général. Dans son discours lors de la remise de votre distinction des Palmes Académiques, l’Ambassadeur de France au Togo, Mr Warnery, a fait mention d’une qualité que ceux qui vous côtoient, retiennent souvent de vous : un visionnaire. Professeur, quelle est votre vision pour la jeunesse togolaise en général et pour les étudiants togolais en particulier. »

Pr Ayikoé Ayité : « Quand j’exerçais ma carrière de médecin, je n’avais pas conscience du problème de chômage des jeunes. Nous les médecins, quand on sort, on n’a pas ce problème. En tant que Directeur de la coopération, en ayant beaucoup côtoyé  le monde du travail, des étudiants d’autres filières de formations que la mienne, je me suis rendu vite compte du problème. Un des graves fléaux de notre pays ou de l’Afrique noire francophone en général, est que nous formons les étudiants pour qu’ils aillent chercher du travail. Il faut changer véritablement cela. L’une des choses que j’ai contribué à mettre en place, c’est vrai que ça ne marche pas comme je l’aurais souhaité, c’est la Maison de l’Entrepreneuriat de Lomé (MEL) pour laquelle nous avons poussé divers protagonistes à la création. Il faut que les jeunes sachent qu’en partant de rien et qu’avec les idées et le travail, on peut faire quelque chose de grand. Il faut accepter commencer petit et s’agrandir. C’est le message de fond qu’il faut faire passer à cette jeunesse togolaise. Il faut être convaincu qu’on n’a pas toujours besoin d’aller chercher du travail chez quelqu’un ou lorsque vous allez chercher du travail, inscrivez cela dans un projet propre pour qu’après vous initiiez à votre tour un projet entrepreneurial. J’ai tellement défendu cela en étant directeur de la coopération que moi-même après ma retraite, je me mets dans l’entrepreneuriat pour prouver aux étudiants que même en étant fatigué, on peut encore entreprendre à partir de bonnes idées. Que les jeunes sachent qu’ils n’ont pas à compter sur les autres, mais sur eux-mêmes. Les jeunes passent leur temps à utiliser le travail du jeune Zuckerberg, le Fondateur de Facebook. Il faut qu’ils s’en inspirent pour construire leur avenir, en décidant de commencer même petit à partir des atouts que nous avons. »

 

L-FRII : « Merci Professeur pour votre disponibilité. »

Pr Ayikoé Ayité : « C’est moi qui vous remercie. »

 

N.B. Interview réalisée le 17 février 2014

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