Tanko Timati

Une étudiante de 22 ans a été condamnée mercredi par le tribunal correctionnel de Nantes pour avoir harcelé pendant des années sa professeure d’espagnol en classe de terminale, dont elle était «tombée amoureuse».

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La jeune fille, actuellement en deuxième année d’espagnol et d’italien, s’infiltrait par exemple dans ses contacts sur les réseaux sociaux, «s’incrustait» dans des réunions où elle n’était pas conviée ou se rendait chez le même kiné que sa prof.

Elle s’est par ailleurs inscrite dans la même salle de sport que la victime, bien qu’elle soit à 5 km de son domicile. La prof avait d’ailleurs relevé, un jour, que son ancienne élève «tenait son téléphone portable à la main» quand elle-même «sortait en sous-vêtements du sauna». «Je n’étais pas en train de la regarder ou de la filmer, je l’ai juste croisée rapidement», se défend la prévenue. Depuis qu’elle a porté plainte, je ne lui parle plus.»

Un premier signalement avait en fait été fait en 2016 à la direction du lycée, signalement qui était remonté «jusqu’au rectorat» et qui avait valu à son élève un «recadrage» par le proviseur. Cela ne l’avait pas empêchée de poursuivre ses agissements, conduisant son ancienne professeure à déposer une main courante en 2017 puis une plainte en 2018. L’étudiante avait aussi «simulé» une «crise de panique» devant le domicile d’une amie de l’enseignante, afin que celle-ci lui «vienne en aide». L’amie en question avait été par la suite «harcelée» d’appels et de SMS.

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Guère loquace à l’audience, l’étudiante arborait un casque sur les oreilles pour «ne pas être parasitée» par le bruit ambiant. «Cela ne l’a pas empêchée d’aller à la salle de sport en cours de spinning, où un coach hurle à pleins poumons, avec la musique à fond, pour que les personnes pédalent à fond sur leurs vélos», a toutefois noté l’avocate des parties civiles. «Je portais des boules Quies», précise la prévenue.

Sa cliente est surtout «atteinte de troubles du spectre de l’autisme», selon l’avocat de la défense : après avoir passé son enfance à «jouer avec des amis imaginaires», dans une famille où tous les membres sont «morts ou en dépression», elle estime que sa prof d’espagnol lui a «ouvert les portes d’une nouvelle phase» de sa vie.

Mais un psychiatre avait conclu à sa responsabilité pénale : bien que «très fortement altéré» à l’époque, son discernement n’était pas complètement «aboli». Il avait aussi écarté tout «délire érotomane», c’est-à-dire «la conviction inébranlable d’être aimé par quelqu’un d’inaccessible socialement», résume la présidente du tribunal.

«On a l’impression d’un film très inquiétant, où le personnage principal voit apparaître au dernier moment le visage de son agresseur, comme si c’était le Joker», s’inquiète le procureur de la République.

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Cette grande fan de Mylène Farmer et d’espagnol, qui a «des savoirs encyclopédiques» sur ces deux sujets, selon le psychiatre, n’en était pas à son coup d’essai : elle s’en était déjà pris par le passé à une professeure de chant et à une professeure de français.

«J’ai un cœur, mais apparemment je ne sais pas m’en servir», s’était-elle excusée au cours de la procédure. Elle aura désormais interdiction pendant trois ans de recontacter et de paraître aux domiciles de ses deux victimes (la prof d’espagnol et son amie bombardée d’appels et de SMS), mais aussi de revenir à la salle de sport. A défaut, elle pourrait purger trois mois de prison. Elle devra aussi leur payer 1 700 euros de dommages et intérêts et 1 400 euros de frais de justice.

Avec Libération