Mariam Soro Adja, CEO ‘Voyelles Editions’

Auditrice interne de profession, avec plusieurs années d’expérience et une carrière prometteuse, elle décide de démissionner pour se consacrer à sa passion de toujours : la littérature. Et pas n’importe quel genre, mais celui consacré à la jeunesse pour lui donner ‘de quoi s’identifier à son continent, et d’en être fière’.

En 2015, elle lance, à Abidjan, ‘Voyelles Éditions’, pour valoriser la culture africaine et contribuer à sculpter l’esprit des jeunes et faire d’eux, les meilleurs amis des livres, dès le bas âge.

Un challenge, pour lequel elle a dû concéder des sacrifices et, qui commence par porter des fruits : le succès rencontré par les créations de Voyelles Editions, le Prix 2017 des services du concours de business plan de la Confédération générale des Entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), son choix parmi les 18 Ivoiriens retenus pour la promotion 2017 du Mandela Washington Fellowship, et le Prix spécial Contenu culturel Afrique et Moyen-Orient 2016.

Joyfull

Rencontrée au forum Stars In Africa organisé, en début du mois de mars à Nairobi, par le syndicat patronal français, le Medef (Mouvement des Entreprises de France) avec l’appui des firmes telles que KPMG, ENGIE, WARI, EMERGENCE CAPITAL, Mariam Soro Adja est revenue sur son parcours entrepreneurial, et donne des conseils utiles aux jeunes entrepreneurs.

 

LFRII l’ENTREPRENANT : Mme Soro, pourquoi entreprendre dans ce domaine précis de la littérature jeunesse ?

Mariam Soro Adja : « Il s’agit de donner de nouvelles habitudes aux enfants. Leur donner du plaisir à lire, puisque nous, les adultes, nous lisons de moins en moins alors que la lecture a plusieurs vertus. Nous avons donc décidé de nous focaliser sur les enfants et de leur donner de quoi s’identifier à leur continent, d’apprendre de leur continent et d’en être fiers.

Voyelles Éditions produit un webzine, pour enfants de 8 ans et plus, qui parle de l’Afrique que ce soit la nature, l’histoire ou les peuples. Nous proposons également des dessins-animés qui parlent des légendes africaines, et enfin, des jeux éducatifs qui sont dans la logique de montrer tout ce que l’Afrique a de meilleur en termes de patrimoine culturel de sorte qu’ils grandissent dans un environnement où ils se sentent en sécurité et fiers d’être Africains.

Nous préparons actuellement un magazine pour enfants qui parle des civilisations de l’Afrique et que nous allons lancer dans quelques semaines. »

Partir de la finance et se lancer en entrepreneuriat. Quels sont les défis auxquels vous étiez confrontées et comment aviez-vous pu les surmonter ?

Les difficultés étaient de divers ordres.

La première est celle de la formation de l’équipe. Qui parle d’édition jeunesse, parle de dessinateurs, d’écrivains, de correcteurs, de maquettistes, etc. Mais lorsqu’on est une jeune entreprise, il est difficile d’avoir des personnes qui sont expertes du domaine puisque cela coûte cher.

On est donc obligé de se rabattre sur des personnes qui n’ont pas l’expertise et de les former. Et ça, c’est un challenge, surtout pour une jeune entreprise qui a des ressources limitées. Il faut trouver des personnes qui ont envie d’être formées et qui ont envie de faire partie de votre équipe.

Le second challenge est de pouvoir faire face au décalage entre ce qu’on avait envie de faire et les ressources dont on dispose. Lorsqu’on est une jeune entreprise africaine avec des idées et pas beaucoup de ressources, c’est difficile. Il faut participer à des événements, aux compétitions de start-up pour acquérir de la visibilité, des financements, de l’accompagnement technique, et faire du networking.

L’accès au financement est aussi un autre problème. Mais il y a différents mécanismes qui existent pour lever des fonds. Soit utiliser ses propres économies ou les appuis des amis et la famille, ‘friends & family’. Ce qui permet de réunir un capital de démarrage.

En Afrique, ou même de façon générale, on ne plébiscite que ceux qui ont déjà un certain succès, sans prendre en compte ceux qui sont en train de se battre dans l’ombre. Ce qui est malheureux. Parce qu’au-delà de la difficulté financière à laquelle le jeune entrepreneur est confronté, il y également les difficultés techniques et morales auxquelles il est également confronté.

L’entrepreneuriat est violent et on ne nous le dit pas assez. On nous vend l’entrepreneuriat comme une panacée formidable qui va résoudre tous les problèmes d’emploi, sans nous préciser combien c’est violent de se lever et de vous dire “J’ai une superbe idée”, de rencontrer 10 personnes dans la même journée qui vous disent que vous allez échouer ou que votre projet est nul. D’être confronté au besoin en fonds de roulement, sans pouvoir jauger sa trésorerie sur le moyen terme ; d’avoir une équipe solidaire, mais qui ne peut vivre comme vous les enjeux de votre jeune entreprise ; et enfin manquer du recul nécessaire et du soutien extérieur qui permettent de faire les bons choix.

Mais au-delà de tout, il faut toujours trouver en soi la force de se lever et de continuer, et c’est ce qui est fondamental.

Des conseils aux jeunes entrepreneurs en s’inspirant de votre parcours ?

Je les résumerai en 5 points.

Structurer et chercher la pertinence de l’idée de son projet. Quel que soit le pays, dès que vous avez l’idée, il faut la structurer et se demander si le projet est pertinent, s’il résout un problème. Il ne faut pas se lancer parce que c’est la tendance. Comme je l’ai dit plutôt, c’est violent et vous risquez d’y laisser vos plumes.

Savoir avec qui parler de son projet. Il faut se poser la question, si je parle de mon idée à cette personne, quelle est la plus-value que cela m’apportera ? Le risque n’est pas seulement de se faire copier, mais aussi de se faire décourager par des personnes qui n’ont pas de potentiel entrepreneurial.

Se faire former. Il faut prendre le temps de se former même si cela va prendre un an ou deux. Il est bien de se dire qu’on a une superbe idée, mais il faut se demander si on a les compétences pour mener le projet à bon port ? Si non, il faut se faire former dans le domaine. Ce fut mon cas avant de me lancer dans l’édition. Aussi, il y a internet qui offre des cours gratuits qu’on peut utiliser. En somme, il est important de maîtriser le domaine dans lequel on veut entreprendre.

Ne pas se décourager. Les difficultés ne manquent pas quand on entreprend. Cela peut prendre plusieurs années, mais il faut aller de l’avant. L’entrepreneuriat n’est pas toujours aisé alors, vous devez vous entourer des personnes positives qui peuvent vous galvaniser lorsque vous êtes découragés.

Enfin, l’épineux problème du financement. Vous n’êtes ni le premier ni le dernier à s’y confronter. L’important est de commencer avec ce que vous avez. N’hésitez pas de commencer avec les petits succès. Il faut commencer petit et viser grand.

Pour finir, ce que je soulignerai, c’est que l’imperfection ne peut être interdite, mais elle doit être temporaire.

Je vous remercie.

Joël Dagba est rédacteur, reporter et photographe. Journaliste de formation ( Licence en Journalisme professionnel à ISICA-UL), c’est un passionné des questions d’entrepreneuriat et d’excellence (dans tous les sens du terme). Une passion qu’il a décidé de partager avec le public, en intégrant les rangs du média du jeune africain francophone L-frii. Joël Dagba est à L-frii depuis 2013.