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Quels sont les enjeux légaux de l’explosion d’un iGaming en Afrique ?

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Depuis quelques années, certains suggèrent que 2020 a été l’année-charnière, l’iGaming a connu une véritable révolution, dans l’ensemble des jeux et paris en ligne, du fait de plusieurs facteurs, qui annoncent d’autres bouleversements, dans les années à venir. Les investisseurs occidentaux suivent ces changements de très près, afin de se placer dans cette course effrénée. Le marché reçoit des alertes importantes, concernant la nécessité d’évoluer vers le jeu responsable.

Des facteurs de croissance à deux chiffres

Parmi les vecteurs de cette évolution, à la fois vertigineuse et riche d’occasions pour l’Afrique, de prospérer à terme, à condition de savoir s’en saisir, on trouve notamment :
● les progrès extraordinaires des transactions monétaires dématérialisées depuis l’année 2012, comme la monnaie mobile, mise au point par la société MTN de télécommunications au Congo et d’autres expériences du même acabit, dans d’autres régions.
● Corrélativement, la couverture et la distribution à grande échelle de smartphones, qui apportent cette infrastructure, le moyen mobile de communiquer (et donc de jouer et parier) depuis n’importe quel point du territoire et à n’importe quel moment de la journée.
● Elle s’accompagne par l’achalandage progressif des technologies sans fil de réseau cellulaire, type 4G LTE et 5 G, qui gagnent en vitesse de connexion, en économie d’électricité, en temps de latence, etc.
● La force de l’Afrique est de bénéficier d’un vaste bassin démographique de moins de 25 ans, avide d’explorer toutes les possibilités des nouvelles technologies, et pour lequel le pari et le jeu en ligne sont des ressources de distraction, voire, y voient des opportunités d’emploi et de participation sociale, comme dans les blockchains, la cryptomonnaie, etc.
● Indirectement, l’expansion des jeux et du pari en ligne contribue à la réalisation d’une économie numérique. Au point de susciter l’émergence de ministères, comme au Congo.

Les risques liés à l’argent facile dans les jeux de hasard

En parallèle, les milieux criminels ont vu là une opportunité d’exercer leurs pratiques occultes, notamment, pour blanchir de l’argent ou escroquer des personnalités vulnérables. Les états et les commissions interétatiques ont donc redoublé d’effort pour contenir les risques de débordement liés à ces nouvelles opportunités, recadrer les réglementations trop laxistes et pousser tous les acteurs du réseau à “jouer le jeu” de la responsabilité vis-à-vis de leur public, dans tous les domaines.

Le piège de la micro-économie de rue

On a vu se répandre la pratique des kiosques, sur tous les trottoirs du continent, du Sénégal au Congo, à travers les villes du Cameroun, etc. Perçus au départ comme la solution pour lancer sa “petite entreprise rentable”, les kiosques de pari n’ont rapidement apporté de gains réels qu’à leurs propriétaires, sous-louant ces casemates à des jeunes. Mais, loin de les aider à trouver un pécule grâce auquel poursuivre des études ou d’autres investissements plus lucratifs, l’expérience n’est pas à l’abri de graves désillusions. Ces gérants entreprenants ne touchent souvent, en moyenne, qu 2% de l’argent global qui circule.

La Tanzanie, le Kenya, l’Ouganda, régulent l’IGaming

Plusieurs pays montrent l’exemple. La Tanzanie (à l’instar du Congo-Brazzaville, du Kenya et de l’Ouganda dernièrement) a imposé une taxe de 10% de leurs revenus aux opérateurs de Gaming. Dodoma, sa capitale, perçoit une augmentation significative de ses retours sur impôt et une façon de réguler l’ensemble du marché en poursuivant et éliminant les sites aux pratiques nocives. Le gouvernement a pris soin d’impliquer toutes les parties prenantes de tous les segments bénéficiant de licences ou en quête d’en obtenir, dans une vaste concertation, avant d’arrêter un cadre de lois. De ce fait, la participation générale et l’inter-connaissance entre les acteurs se sont opérées dans un climat sain. On a ainsi pu légaliser la publicité pour les produits validés du jeu et du pari.

Des règles souvent parcellaires

Dans d’autres pays, comme le Nigéria, des autorités régionales tâchent de faire appliquer une législation, mais qui n’est pas reconnue au niveau fédéral, ce qui génère autant de confusion que de clarté. Cela traduit néanmoins une réelle volonté d’avancer sur ce terrain, augurant, à moyen terme, d’une couverture continentale par nations beaucoup plus étoffée qu’elle ne l’est. C’est aussi le cas au Ghana, bien que l’Afrique du Sud soit sous le coup de menaces d’exclusion du système financier international, si elle ne clarifie pas ses modes opératoires contre le blanchiment d’argent.

De nombreux traités interétatiques, au niveau de sous-continents, comme l’Afrique de l’Ouest et du Centre, accompagnés par des organismes ad’hoc et, fréquemment, l’implication de la Banque Mondiale orientée sur le développement, permettent de mieux aider les pays qui tâtonnent encore sur ces questions d’encadrement réglementaire. On prend la mesure de l’ampleur de la tache, quand on connaît l’étendue et la complexité politico-économique de ce continent africain.