Togo/Affaire de la femme enceinte décédée au CHU SO : ''La nuit où le ministre Barqué a été poignardé, on l'a...'', Gerry Taama secoue la toile avec ces révélations
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Togo/Affaire de la femme enceinte décédée au CHU SO : ”La nuit où le ministre Barqué a été poignardé, on l’a…”, Gerry Taama secoue la toile avec ces révélations

C’est l’affaire actuelle qui suscite de l’indignation de la part des citoyens togolais. Il s’agit d’une demoiselle nommée Ornella qui a rendu l’âme au CHU Sylvanus Olympio, par manque d’assistance.

La famille d’Ornella a révélé que cette dernière avait été installée par terre, alors qu’elle était dans un état critique.

Toujours dans cette affaire, le directeur de l’hôpital a sanctionné le morguier pour faute professionnelle.

Il y a quelques heures de cela, le député Gerry Taama s’est prononcé sur le sujet. Il a fait des révélations troublantes concernant la manière dont sont traités les malades arrivant au CHU Sylvanus Olympio.

Le député a ensuite donné des approches de solutions afin que ces genres de situations tragiques ne se reproduisent plus.

L’intégralité de son intervention :

“Ornelagate, le problème de l’hôpital au Togo est plus profond.

En 2006, un cousin qui vivait avec moi m’appelle un jour pour m’informer qu’il avait fait un accident et qu’on l’avait déposé aux urgences au CHU (entendez Sylvanus Olympio).

Je lui promets d’arriver et je n’y parviens qu’une heure plus tard. Je l’y retrouve assis par terre, la jambe ouverte par une énorme plaie.

– Mais on ne s’est pas occupé de toi, demandai je, furieux.

– Ils disent qu’il faut payer d’abord.

– Payer quoi ?

Il me montre une ordonnance. Y figurent le coton, l’alcool, le fil, l’aiguille.. Tout ce qu’il fallait pour les premiers soins y était mentionné. J’interpelle un infirmier qui passe à proximité.

– Bonjour monsieur, je suis le lieutenant Taama et voici mon cousin. Pourquoi personne ne le prend en charge depuis qu’il est là?

– Mon lieutenant, on s’est occupé de lui. Il a la liste des choses à acheter, s’il amène ça, on va le soigner.

– Et s’il n’a rien, s’il est tout seul et sans un franc ?

– Dans ce cas, il peut même mourir mon lieutenant. Qui va prendre son argent pour le soigner ?

Vous savez, la nuit où le ministre Barqué à été poignardé et on la amené ici, on a attendu que sa famille amène l’argent d’abord. C’est comme ça ça se passe ici. Des gens meurent tous les jours, faute d’argent.

En 2007, j’étais instructeur à l’Efofat et l’un de nos camions qui revenait avec des élèves officiers de Lomé fit un accident assez grave à la sortie de Sokodé. Beaucoup de blessés.

Le lieutenant instructeur qui commandait le déplacement arrive à s’extirper du camion, hèle un véhicule qui le dépose à l’hôpital où il demande une ambulance pour aller chercher ses élèves.

On lui dit qu’il n’y a pas d’essence dans l’ambulance. Il en fait acheter. Pas de batterie. Il en loue une. L’ambulancier n’est pas la. Un taximan fera l’affaire. Résultat, deux élèves morts. On serait arrivé à temps qu’on les aurait sauvé, peut être.

En 2010, j’ai un oncle hospitalisé suite à un accident au pavillon militaire. Il n’est pas bien. On lui demande une radio. Le monsieur charge des films s’est déplacé. On l’appelle, il dit qu’il va arriver. Toutes les 30min, on rappelle. Il viendra 4h plus tard, la mine des mauvais jours et sans s’excuser.

On nous demande un scanner. Il faut aller dans une clinique privée, donc prendre l’ambulance. Mais le chauffeur n’est pas là. On l’appelle, il dit qu’il s’est déplacé un peu, qu’il arrivera dans une heure.

On lui dit que c’est une urgence. Il nous demande ce qui nous dit que ce qu’il fait n’est pas une urgence. Il arrivera trois heures plus tard, nous menaçant d’éviter de lui faire des reproches ou il laisse le volant.

Je suis certain que si on vous demande, il y’a des histoires pareilles dans tous les foyers au Togo. Et je ne parlerai pas des erreurs de diagnostics, des pratiques dangereuses et de la honteuse compétition qu’il y a entre l’hôpital public et les cliniques personnelles de beaucoup de praticiens. “Si tu veux qu’on te soigne bien, passe à ma clinique le soir…”

La mort en donnant la vie de Ornela est révoltante et des coupables devraient être trouvés. Mais s’acharner uniquement sur les sages-femmes, alors que pour ce que je sache, elles sont les moins concernées par les mauvaises pratiques n’est pas juste.

C’est tout notre hôpital qui est paralysé par une crise d’étisie. À l’entrée de l’hôpital, on te parle mal ; pour te soigner, on te parle mal ; si tu cries, on t’insulte. Tout est pris en charge par le patient, et le jour même où tu sors, quelqu’un va trouver le moyen de t’insulter.

Des pistes de solutions existent, même si je ne suis pas certain qu’elles vont toutes fonctionner.
Il faut d’abord mieux payer le personnel. Un médecin bac +10 ne gagnait pas plus 200 000f à l’époque où j’étais lieutenant à 150 000f. Du coup, il n’y a que la clinique à domicile pour arrondir les fins du mois

Il faut ensuite mettre en place un numéro vert et sanctionner les mauvaises conduites. La récidive se nourrit de l’impunité. Il faudra peut être commencer à sanctionner ceux qui ont acheté des scanners qui n’ont jamais marché…

Il y a trop d’impunité dans notre système médical. Rien que l’installation de la vidéosurveillance dans les halls d’hôpitaux peut réduire le mal comportement de moitié. Si tous ces problèmes ne sont pas réglés en amont, l’assurance maladie universelle ne servira à rien.

Mais au delà, je crois que le problème est aussi culturel. L’africain, dès qu’il dispose d’une once d’autorité, en abuse. Parce que le personnel qui nous rudoie à l’hôpital est tout miel dans la clinique, où son autorité est éclipsée par celle du docteur payeur.

Je dois aussi reconnaître que beaucoup de ceux qui sont dans nos hôpitaux aujourd’hui ne le sont pas par vocation comme c’est le cas ailleurs, mais plus par nécessité d’emploi. Ceci explique peut être cela.

Le cas de Ornela a sans doute eu le mérite d’être relayé sur les réseaux sociaux et suscité une large émotion, mais tous les jours, à travers le pays et dans nos hôpitaux et centres de santé, des dizaines de nos compatriotes meurent dans l’indifférence la plus totale, pour cause de négligence, de faux diagnostics ou de mauvais traitements.

Le fatalisme africain veille au grain. On meurt en Afrique parce que son jour est arrivé, parce que les sorciers t’ont mangé ou à cause de la jalousie d’un parent ou d’un voisin, jamais à cause de mauvais soins à l’hôpital. Jamais.

Paix à ton âme, Ornela. Et que brille à tes yeux la lumière sans déclin.”

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