Tunisie : avocats et ONG demandent un non-lieu pour la figure antiraciste Saadia Mosbah

Crédit Photo : Shutterstock

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Plusieurs avocats en Tunisie ont réclamé ce jeudi 19 mars 2026, lors de son procès, un non-lieu pour la figure antiraciste Saadia Mosbah, emprisonnée depuis près de deux ans, à laquelle plusieurs ONG ont aussi apporté leur soutien.

La défense de Mme Mosbah, 66 ans, accusée avec d’autres membres de son association M’nemty, de blanchiment d’argent et d’enrichissement illégal, a plaidé l’innocence de l’ensemble des prévenus.

Cette association avait été en première ligne pour défendre les migrants provenant d’Afrique subsaharienne, après un virulent discours en février 2023 du président tunisien Kais Saied, dans lequel il dénonçait l’arrivée de « hordes de migrants clandestins » et un complot « pour changer la composition démographique » du pays.

L’avocate Ibtissem Jebabli a souligné à propos de « soupçons sur les financements étrangers » de l’association, soulevés pendant l’instruction, que la source de ces fonds était « bien identifiée » et qu’il s’agissait d« organisations reconnues au niveau international ».

Quant à l’accusation d’enrichissement personnel, l’avocate a noté qu« aucun des accusés ne possède sa propre habitation », et que Mme Mosbah puise sur sa retraite pour aider l’association.

« S’il y a eu des erreurs de gestion (par ignorance de textes de loi), cela ne doit pas faire oublier le rôle de M’nemty » dans l’adoption d’un arsenal législatif antiraciste, a argué Me Jebabli.

Saadia Mosbah, une ancienne hôtesse de l’air elle-même noire, a été à l’origine de l’adoption en 2018 d’une loi pionnière pour le Maghreb contre les discriminations raciales.

La militante avait « 28.000 dinars (environ 8.000 euros) sur son compte » et « 32.000 » sur celui de l’association, a souligné l’avocate Monia El Abed, se demandant si on pouvait « parler de blanchiment d’argent avec de telles sommes ».

Une dizaine de militants d’ONG se sont rassemblés devant le tribunal en soutien aux membres de M’nemty.

« On espère qu’un non lieu sera prononcé et que Saadia sera libérée. Notre espoir est plus grand que d’autres fois », a déclaré à l’AFP Romdhane Ben Amor, de l’association FTDES.

« Le dossier est vide », a abondé Douha Yahyaoui, une militante de la société civile, estimant que la décision finale serait « politique plutôt que juridique ».

Dans un communiqué publié avant l’audience, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) ont appelé les autorités tunisiennes « à libérer immédiatement » Mme Mosbah.

Au vu de son âge et de son état de santé, ses conditions de détention « pourraient constituer des traitements cruels, inhumains ou dégradants contraires aux obligations internationales de la Tunisie », ont-ils argué.

© Agence France-Presse

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