En montant sa start-up dans la santé, l’ambition de cette jeune béninoise était de soigner plus de monde qu’elle n’aurait pu le faire en tant que simple médecin.

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Dr Véna Arielle Ahouansou

Depuis janvier 2017, l’entrepreneure béninoise de 25 ans, Véna Arielle Ahouansou, a déjà raflé trois prix pour la création de son entreprise Kea Medicals. La carte médicale en ligne qui trace l’historique de santé du patient disponible sur une application mobile qu’elle développe avec sa start-up pourrait en effet révolutionner le système de santé au Bénin. Et la jeune femme ne compte pas ses heures pour y parvenir.

« Je commence tous les jours à six heures et je vais rarement me coucher avant minuit », confie-t-elle, convaincue par la nécessité d’améliorer encore son produit. Perfectionniste et déterminée, Véna Arielle tient ce caractère de son père, un administrateur des finances publiques qui ne tolérait pas l’à-peu-près.

Un rêve : devenir médecin

À l’école il fallait être la meilleure. Une injonction qui l’a peut-être inconsciemment poussée vers la médecine discipline qu’elle a toujours considéré comme le métier de ses rêves. Mais après le bac, elle doute et remet en cause son projet professionnel. C’est finalement son père qui l’envoie à la faculté de médecine de Parakou, convaincu que ce rêve est le bon choix. Il financera l’intégralité de ses études.

À l’université, la jeune béninoise née à Cotonou se plonge entièrement dans ses études. Le rythme de travail est difficile à gérer. Pour chaque matière, les professeurs font le programme de l’année en une semaine. « C’est très intense et il faut savoir se discipliner », raconte-t-elle. Car une fois la session de cours finie, les étudiants ont une longue période de temps libre en attendant la prochaine semaine de cours. « Il fallait rester concentrée et ne pas perdre de vue ses objectifs », explique la jeune entrepreneure. Ce qui n’était pas le cas de tous. Seul 10 % des étudiants de la filière passent en deuxième année.

Militante et leader

Pendant ses périodes de liberté, l’étudiante en profite pour développer sa fibre entrepreneuriale. Elle se forme en regardant des vidéos sur Youtube sur le leadership féminin, le management et les transformations communautaires. En première année de médecine, la jeune béninoise crée l’ONG, Refeld, pour donner aux jeunes filles un meilleur accès à l’éducation et pour encourager les femmes à entreprendre. Elle renforce aussi son militantisme en défendant les intérêts des étudiants au bureau de la jeune chambre internationale des étudiants.

Le déclic a lieu en sixième année. À l’internat, au cours d’une intervention auprès d’une de ses patientes, celle-ci fait une hémorragie après avoir accouché de jumeaux. Ne connaissant pas son groupe sanguin pour lui faire une transfusion, Véna Arielle doit procéder à des analyses. Mais la jeune mère décède le temps d’avoir les résultats. Choquée, la médecin se convainc que sa profession ne lui permettra pas de sauver beaucoup de vies. Aujourd’hui « deux tiers des béninois n’ont pas les moyens d’accéder à des soins de santé de qualité », affirme la jeune femme.

Femme d’affaires

Après cette désillusion, l’étudiante décide de consacrer sa thèse au système de santé béninois. « C’était comme une étude de marché en préambule de mon entreprise », justifie-t-elle. Et une fois diplômée, elle se tourne définitivement vers l’entrepreneuriat et crée avec son compagnon Kea Medicals en janvier 2017.

La jeune entrepreneure lance son entreprise grâce à des fonds propres, qu’elle a réussi à rassembler pendant ses études en investissant dans le pétrole. Soutenue aussi par son entourage, son père devient son premier investisseur en injectant un million de francs CFA.

Prochaine étape : une assurance santé universelle

En 2018, elle est récompensée par le prix Projet Afrique Future In Africa. Celui-ci lui ouvre un large réseau qui lui permet d’attirer de nouveaux investisseurs. Une levée de fonds est prévue pour fin 2019. En attendant, elle perfectionne son savoir-faire en entrepreneuriat en suivant un programme intensif au sein de l’incubateur parisien Techstars. En parallèle elle souhaite recruter un développeur web et une dizaine de commerciaux pour compléter son équipe de 15 personnes.

Son objectif : étendre l’utilisation de sa plateforme et de son application mobile qui met en lien les patients et leurs médecins dans toute l’Afrique. La Côte d’Ivoire, le Congo, et le Niger l’ont déjà adoptée. Mais l’adhésion reste encore limitée. 75 000 patients ont enregistré leur profil médical sur la plateforme, et seulement 1 700 médecins se sont abonnés pour les consulter. En cause, le défi de la connectivité à Internet du continent. C’est pourquoi elle a récemment négocié un contrat avec le plus grand opérateur du Bénin, lui garantissant l’accès gratuit à Internet pour les utilisateurs de la plateforme.

Véna Arielle Ahouansou ne compte pas s’arrêter là. À plus long termes, elle ambitionne de développer une assurance santé universelle au Bénin. Pour cause, 90 % des Béninois n’auraient pas de couverture sanitaire selon elle.

Avec JeuneAfrique

La Rédaction