« En mars 2018, ma dernière sœur, Océane, a décidé de mettre fin à ses jours en s’allongeant sur la voie ferrée en gare d’Evry-Courcouronnes. Elle avait 17 ans. Elle a été victime d’une escroquerie. Elle a fait la rencontre d’un garçon lors d’une fête anniversaire en fin d’année 2017. Leur relation a débuté fin janvier 2018. Ce garçon s’est avéré être un manipulateur puisqu’il n’en était pas à son coup d’essai en escroquerie. Il a charmé Océane en se faisant passer pour un garçon travailleur.
Océane a subi une escroquerie aux chèques volés. Ce garçon lui a évoqué sa situation de chauffeur VTC rencontrant des problèmes avec son compte bancaire. Il a donc sollicité Océane pour avoir accès à son compte. Il lui a demandé de faire un dépôt de chèques, en lui précisant que c’étaient des chèques de salaire. Océane l’a fait par amour et surtout par gentillesse, parce qu’elle a toujours eu le cœur sur la main. On a eu connaissance de cette relation le jour de son décès.
Il lui a demandé de lui passer sa carte de retrait. Ce qu’elle a fait sans se douter d’une possible escroquerie. Grâce à l’enquête, on a pu l’identifier en train de faire lui-même les retraits. Océane avait un compte jeune. Le jour de son décès, Océane était à découvert de 2.000 euros. Elle nous a laissé une lettre dans laquelle elle nous explique cette escroquerie. Tout de suite, ma mère nous a dit que ce n’était pas possible parce qu’il y a une clause dans le contrat auprès de la banque qui stipule qu’elle avait interdiction de déposer des chèques et qu’il y avait un plafond de retrait.
On s’est demandé pourquoi elle ne nous en avait pas parlé. Océane n’a montré aucun mal-être, bien au contraire. La veille de son suicide, elle était très souriante et j’ai même rigolé avec elle avant qu’elle aille se coucher. On parle d’une jeune femme de 17 ans qui n’était pas encore mature. Elle l’écrit dans sa lettre, elle prend la responsabilité de ce qu’elle a fait. Selon elle, elle était fautive parce qu’elle s’est fait avoir et qu’elle risquerait d’amener des problèmes.
La seule personne qu’elle a sollicitée pour avoir de l’aide, c’est le directeur de l’agence bancaire qu’elle a rencontré la veille de son suicide. Il lui a parlé de problèmes au niveau de la police, de la justice et de la banque. On l’a su à la lecture de sa lettre. Je pense que ce condensé d’informations pour une jeune fille de 17 ans, c’est inimaginable. À 17 ans, je passe mon bac ; là on parle d’une escroquerie dont je peux être complice.
Le jour même du suicide d’Océane, j’ai rencontré cette personne qui avait donné de telles informations à une mineure de 17 ans, sans représentant légal. Il m’explique qu’il a dit à ma sœur d’en parler à ses parents. Il a dit à une mineure de 17 ans de dire à ses parents qu’elle a un flirt qui l’a escroquée de quelques milliers d’euros. Ce n’est pas possible. Grâce à l’enquête, on a découvert qu’Océane avait contacté par mail sa conseillère bancaire en lui disant qu’elle venait de déposer des chèques et de ne pas les encaisser si ça lui paraissait douteux.
