Bien sûr, il y a les classiques. « Je suis fou d’elle » ; «se prendre un vent»; «faire les yeux doux»… Et des dizaines d’autres façons de parler de l’affection que nous ressentons pour un soupirant, l’amour que nous éprouvons envers un prétendant, la tristesse que nous endurons lorsqu’il faut se quitter. Sylvie Brunet a rassemblé ces formules d’amour dans un éclairant ouvrage Je t’aime ! L’amour en 200 mots et expression (First). Florilège.

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Faire catleya

À première vue, l’expression est plutôt sibylline. Peut-être les lecteurs de Proust reconnaîtront-ils le mot? En effet, dans Du côté de chez Swann, l’écrivain nomme «catleya (ou cattleya) la délicate orchidée mauve en l’honneur du botaniste anglais William Cattley». Souvenons-nous: au début de sa liaison amoureuse avec Odette, le personnage de Swann propose, en tout bien tout honneur, d’agencer des catleyas sur le corsage de la jeune femme (en effet, la mode d’alors était de porter des fleurs à son décolleté). Notre personnage en profite pour «y porter la main». Ainsi, l’expression «faire catleya» finit par être le «synonyme de faire l’amour, et sera employée ensuite par de nombreux couples qui connaissent leurs classiques…»

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Avoir la beauté du diable

Le proverbe original, datant du XVIIIe siècle, est: «Le Diable était beau quand il était jeune». Ainsi que l’explique Sylvie Brunet, «si le champion de toutes les laideurs, le Diable en personne, était lui-même agréable à regarder dans sa jeunesse, c’est parce que la jeunesse confère de la beauté de tout un chacun».

Ainsi, dire d’une femme qu’elle a «la beauté du diable», formule intégrée dans le dictionnaire de l’Académie à partir de 1802, ne signifie pas qu’elle détient une beauté «trompeuse et maléfique». Plutôt, c’est une manière de souligner cet éclat, la vivacité de la jeunesse. La 9e édition du dictionnaire de l’Académie française précise que l’expression signifie: «une beauté irrégulière qui lui donne un charme provocant».

S’embarquer pour Cythère

Autrement dit, «s’engager dans une relation amoureuse». Il faut se plonger dès à présent dans la mythologie grecque. Cythère est une île localisée entre le Péloponnèse et la Crète, connue pour «son culte à la déesse de l’amour, Aphrodite, qui y aurait abordé». Ainsi, s’embarquer pour Cythère revient à «s’embarquer pour l’amour». Delveau, en 1864, non sans rusticité, précise que c’est «le seul voyage que l’on ne puisse faire seul, et que l’on fait toujours à cheval sur une belle jument».

Les légendes grecques ont donné de nombreuses formules pour parler d’amour (et plus encore). Ainsi, une «aphrodite» peut désigner une «femme qui voue sa vie aux plaisirs de l’amour», ainsi que le précise Le Trésor de la langue française. Une «vénus» est une «femme très belle, bien faite». Un «cupidon» peut être un «enfant ou adolescent d’une grande beauté» ou encore, un «bellâtre de tout âge». À l’origine, Cupidon est le Dieu de l’amour, enfant de Vénus et de Mars.

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Baiser à la pincette

Ou encore, «embrasser à la pincette». Plus élégant que «rouler une pelle» ou «rouler un patin». Il faut dire que nous avons affaire ici à un genre de baiser tout à fait singulier et qu’Oudin relève en 1640 dans ses Curiosités françaises: «tenir le menton en baisant». Cependant, cette définition n’a pas survécu puisqu’au XIXe siècle le Littré donne ce sens: «le baiser en lui prenant doucement les deux joues avec le bout des doigts».

Même explication donnée par Rigaud qui explique qu’en 1888, «baiser à la pincette» signifie dans le langage populaire: «baiser que donnent les enfants en pinçant de chaque main les joues de la personne qu’ils embrassent». Enfin, l’Académie française précise en 1835 que c’est «une des caresses auxquelles on accoutume les enfants». Rien ne nous empêche cependant de réhabiliter le premier sens de cette jolie formule !

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Avoir un/ des transport(s) amoureux

Ainsi que le cite Sylvie Brunet, il est bon d’avoir en tête cette pensée de Furetière: «Les amoureux ont de doux, de violents, d’agréables transports». Mais de quels transports parle-t-on? «Ils sont de nature uniquement littéraire et empruntés pour transcrire dans une langue raffinée une émotion très vive naissant de causes diverses». Cela peut être la joie, la surprise, la colère ou encore, la souffrance.

Ce terme connaît un succès dans le théâtre du XVIIe siècle et notamment, dans les œuvres de Corneille, Racine ou encore Molière. Ceux-là mêmes qui «dépeignent le ‘‘mouvement violent d’une passion, qui nous met, nous transporte, en quelque sorte, hors de nous-mêmes’’», comme l’écrit Féraud en 1787.

Avec LeFigaro