Incarnation des succès d’Orrick pendant dix-sept ans, l’avocat togolais a choisi de défendre ses couleurs au sein de son propre cabinet, consacré exclusivement à l’Afrique.

Le 11 mars aurait pu marquer un coup d’arrêt dans la carrière de Pascal Agboyibor. Numéro deux du cabinet américain Orrick (1200 avocats), où il avait, en dix-sept ans, gravi tous les échelons, le Togolais était poussé vers la sortie à la surprise générale. Six mois plus tard, cette séparation, dont les raisons restent tues par chacune des parties, a pris au contraire l’allure d’un tremplin pour un nouveau départ.



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En mai, l’avocat, qui, en 2018, a rapporté plus de 20 millions de dollars d’honoraires à son ex-cabinet, a lancé son propre projet, Asafo & Co, entraînant dans l’aventure ses principaux collaborateurs (Bob Bastos, Sébastien Gaudu…) et surtout ses clients. Des dossiers africains dans lesquels Pascal Agboyibor, fils de l’avocat et ex-Premier ministre Yawovi Agboyibor, défend aussibien les intérêts d’États comme le Mali ou la Guinée que de multinationales, du français EDF au turc Limak. Rompu aux affaires complexes et politiquement exposées, il est aussi le conseiller de la RD Congo et de son bras armé dans le secteur extractif, la Gécamines, dont la gouvernance a maintes fois été épinglée.

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Avec Asafo, dont le nom évoque les guerriers chargés de protéger l’empire du Ghana au XIXe siècle, son fondateur est désormais centré exclusivement sur le continent. « J’avais l’habitude de me réveiller avec les e-mails du Japon et de me coucher après avoir raccroché avec les ÉtatsUnis. Désormais, l’Afrique occupe 100 % de mon temps. En matière d’organisation, c’est presque plus facile », s’amuse le quinquagénaire à la voix grave.

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Domicilié sur les Champs Élysées, dans un ancien studio de jeux vidéo à la hauteur sous plafond impressionnante, Pascal Agboyibor, qui arbore toujours de petites lunettes rondes, n’a pas encore totalement déballé ses cartons. « Je veux que la décoration reflète la dimension africaine du cabinet, mais sans le faire de manière ostentatoire. Pour le moment, j’ai refusé tous les projets », constate-t-il.

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Si la vitrine est à Paris, le centre de gravité se trouve à NairobiSi le fondateur d’Asafo reste établi dans la capitale française, le barycentre du cabinet sera bien sur le continent au plus près des intérêts de ses clients internationaux et africains. Le 2 octobre, Asafo a annoncé son arrivée au Kenya dans le cadre d’une alliance avec le cabinet MMC Africa Law. « S’appuyer sur une équipe reconnue localement était une évidence. Même si je traite des dossiers dans les pays anglophones depuis longtemps, mon nom est plus connu à Abidjan ou à Casablanca », reconnaît Pascal Agboyibor. Désormais présent à Nairobi et à Mombasa, Asafo, dénommé localement MMCAsafo, peut dorénavant compter sur l’expertise de plus d’une quarantaine d’avocats et de juristes réputés pour leur savoir-faire en matière de partenariats public-privé, de structuration de financements et de contentieux.

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Quelques semaines auparavant, le cabinet avait déjà réalisé « l’un des plus beaux transferts de ce mercato de rentrée », admet un concurrent, en accueillant le Français Patrick Larrivé et son équipe en provenance du bureau de la firme internationale.

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Dentons à Casablanca. Dans la capitale économique marocaine, Agboyibor et ses troupes, d’ici à la fin de l’année, talonneront en nombre de collaborateurs Hicham Naciri, l’avocat du Makhzen. Ce bureau servira, au-delà des dossiers locaux, de pôle d’expertise en matière de fusion-acquisition, de capital-investissement et de droit public pour les autres implantations du cabinet.

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Naturellement, Asafo a aussi intégré les collaborateurs d’Orrick établis à Abidjan avec l’idée à moyen terme d’y développer une spécialité minière pour accompagner les projets aurifères et gérer les dossiers guinéens. Parce qu’ils travaillent toujours comme conseillers juridiques et non comme avocats, faute d’être inscrits au barreau, ce bureau hérite au passage des critiques formulées par les cabinets locaux, qui reprochent à Pascal Agboyibor de contourner la loi. S’il ne décolère pas quant à la méthode, un avocat ivoirien interrogé par JA estime qu’Asafo voit juste en maintenant quinze personnes en Côte d’Ivoire : « Il y a assurément assez de travail pour une équipe de cette taille. Si cela n’existait pas, c’est parce que nous avons hérité de cette tare française qui pousse chacun à vouloir être maître chez soi plutôt que de se regrouper. »

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Pour compléter son empreinte continentale, Asafo a également mis un pied en Afrique du Sud grâce au ralliement de l’avocat Philip Webster en provenance de Dentons. Sur le premier marché continental du conseil juridique, il ne pèsera cependant pas lourd face au géant ENS (plus de 600 collaborateurs). Cette perspective ne l’effraie pas. Sa vocation est d’être panafricain, et il est vrai que la plupart des cabinets sud-africains sont avant tout centrés sur leur marché domestique.

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Les effectifs sud-africains renforcés, le Nigeria fortement convoité
De quinze avocats parisiens en mai, Asafo ambitionne d’atteindre la barre symbolique des cent collaborateurs à la fin de 2019, « sans avoir eu besoin de dépenser un centime dans les services d’un chasseur de têtes », précise le nouveau patron. Des recrues à la fois intéressées par l’envergure du projet, mais aussi la promesse d’une rémunération en hausse, car Asafo offre l’avantage, au moins dans un premier temps, de ne pas rogner les marges avec des frais de structure aussi importants que ceux des cabinets internationaux. « Nos clients et nos prospects nous font aussi de très bons retours. Nous leur offrons une qualité identique à celle d’un cabinet international, mais plus d’agilité et un tropisme 100 % africain », insiste Patrick Larrivé. Pas encore rassasié par son offensive éclair, Pascal Agboyibor devrait continuer d’étoffer son réseau dans les semaines et les mois à venir. En ligne de mire, le renforcement de son équipe en Afrique du Sud, où il doit se rendre pour rencontrer des candidats, et, bien sûr, la volonté, à terme, de s’implanter au Nigeria, « un continent à lui tout seul », juge-t-il.

Avec Jeune Afrique