Togo : la dépigmentation, un phénomène qui prend de l’ampleur à Lomé

Peau brune, blanche, à deux ou trois tons… la dépigmentation est devenue un phénomène de société au Togo. En effet, de plus en plus de Togolais, des femmes comme des hommes, semblent ne jurer que par ce procédé pour tronquer leur peau naturelle contre une autre plus claire.

Ce qui les pousse à utiliser des produits ‘‘miracle’’ pour en modifier la couleur. Un phénomène apparu vers la fin de 1960, symptôme d’un patent rejet d’identité et malheureusement qui n’est pas sans danger.

En effet, le processus d’éclaircissement de la peau est une pratique aujourd’hui bien ancrée dans les usages de nombreux Togolais. Pour preuve, parmi les régions francophones qui seraient les plus touchées par le fléau, selon un rapport de l’OMS, au Togo, 59 % environ des femmes utilisent régulièrement des produits éclaircissants. La dépigmentation volontaire ou artificielle (DV/DA) touche donc une grande partie de la population.

« Ici, au Togo, le teint clair ou métissé est considéré comme un critère de charme et de beauté, le signe d’une certaine aisance financière et sociale, et la preuve d’une excellente origine », explique Madame Dinah, esthéticienne installée à Lomé.

Et d’ajouter pour renchérir : « C’est ce qui explique pourquoi tout le monde essaie de se dépigmenter. Je rencontre toute sorte de personne avec ce désir. Des lettrées comme des analphabètes m’approchent pour me consulter et demander mon aide. Et en tant que professionnelle, je ne manque pas de répondre à leurs inquiétudes ».

Conséquence directe, l’utilisation de ces produits peut entraîner de gravissimes affections cutanées, mais également des complications systémiques relatives à la composition chimique des composants utilisés. Pire, il en découle des inconvénients psychologiques aussi. « La personne qui se blanchit la peau ne le crie pas sur les toits. Elle va essayer de prétexter un métissage », selon Catherine Tetteh, présidente de l’ONG Melanin Foundation, esthéticienne et chercheuse en santé publique. Un désaveu qui encouragerait « certaines femmes à dépigmenter leurs enfants pour justifier leur teint clair, c’est alarmant », déplore-t-elle.

Par ailleurs, complexe d’infériorité, choix esthétique ou simplement effet de mode, la dépigmentation est une orientation fustigée par de nombreux dermatologues, à cause de ses retombées. Cela s’explique par le fait que la plupart des ingrédients utilisés dans la fabrication de ces produits sont surdosés ou carrément détournés de leur réelle utilité en vue de produire les effets escomptés. Les cosmétiques au final, donc ont une composition fort douteuse et peu recommandable. Il s’agit généralement des crèmes, des lotions, des pommades,… très nocive car sans aucune certification médicale, contrôle sanitaire ou accréditation pharmaceutique.

Belle, brillante et irrésistible lorsqu’elle est convenablement entretenue, la peau noire devrait être une fierté pour les Africains. Il s’agit là d’un message à véhiculer en vue de sensibiliser la population sur ce cancer qui ronge la société.

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