La relation entre l’homme d’affaire togolais, Gervais Koffi Djondo et l’ex-président togolais, feu Gnassingbé Eyadema n’a pas toujours été un long fleuve tranquille.

Dans ses « Mémoires », L’Afrique d’abord dont la dédicace a été faite le mois dernier, le self-made man et entrepreneur de renom est revenu en long et en large sur certains pans de leur relation commune.



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Voici un top 10 de certains passages consacrés au feu Général Eyadema.

  1. En effet, le président Eyadema a repris en main beaucoup d’institutions, mais pas la Caisse, du moins pas directement. Il était clair qu’une institution aussi puissante financièrement que celle-là et réputée riche, à tort ou à raison, mais riche des cotisations des travailleurs, ne pourrait pas échapper indéfiniment à sa volonté de mainmise plus ou moins directe. Mais en même temps, arrivé depuis si peu de temps à la tête de l’État et dans les conditions controversées d’un nouveau coup d’État, il lui fallait tenir compte des demandes réitérées et de l’impatience des travailleurs. (Page 79)
  2. Le président Eyadema a bien évidemment entendu les échos de ce qui se passait à la Caisse et reçu des informations plus que précises sur les personnes incriminées et sur leurs relations. Ni lui ni personne d’autre ne m’a demandé des explications sur ce qui se passait à la Caisse. Un jour, il m’a appelé en urgence. Je me suis empressé de me présenter à son bureau. Il m’a félicité : « Djondo, je sais ce que tu fais à la Caisse. C’est très bien. Je suis vraiment très content de toi. J’ai besoin de gens tels que toi… C’est vraiment très bien. Je suis très content… » Et voilà qu’il me déclare tout de go qu’il me nomme préfet du Golfe ! Bien sûr, je réagis vivement : « Mais, Président, j’ai déjà la charge de la Caisse ! Comme vous le savez, c’est beaucoup de travail et cela, tous les jours, tous les jours ! » Visiblement, il n’en avait cure. « Ce n’est pas grave. Je vous connais, je connais votre capacité de travail. Vous allez cumuler les deux fonctions. » (Page 81)
  3. J’ai aussi été étonné, peut-être plutôt édifié par la riposte qu’ils ont reçue en échange. La réponse du président Eyadema fut en effet celle d’un très habile politicien, d’un déjà rompu aux pièges réels et imaginaires, aux subtilités et astuces, aux tortueuses sinuosités du discours politique, et surtout à l’exercice du pouvoir. « Pourquoi il avait pris le pouvoir ? » Personne ne lui avait posé cette question ! Qui pouvait avoir l’audace de soulever une telle question ? Or, voici qu’Eyadema se met à y répondre avec soin. « Nous avons pris nos responsabilités pour éviter la guerre civile. L’armée est le garant du peuple, c’est pourquoi elle le protège. Notre devoir est de réaliser à tout prix l’unité de ce pays. Ce n’est qu’à partir de ce moment que nous travaillerons vraiment pour bâtir le Togo. » (Page 85)
  4. Un Changement important est intervenu à partir de ma promotion à la tête de la circonscription administrative de Lomé. Ce n’est plus mon nom qui importait désormais, c’était le lien entre mon nom et mon visage. Ces deux choses ou plutôt ces deux facettes de la même chose apparaissaient désormais très souvent, peut-être même trop souvent, à la une de la presse nationale. Une telle visibilité que je n’avais ni cherchée ni calculée, encore moins programmée, était devenue pour moi passablement encombrante, d’autant plus qu’elle avait pour effet de m’exposer de plus en plus à l’attention d’Eyadema ! Je le redoutais car je pensais, et j’en ai eu la confirmation par la suite, qu’Eyadema n’aimait pas, mais absolument pas, avoir autour de lui des personnes dont on parlait, surtout si c’était en bien. Tout détenteur du pouvoir politique fait de même, me dit-on… (Page 87)
  5. Les travaux que j’y entreprenais pour mon propre compte et avec mes propres ressources, ont failli me causer de très graves ennuis auxquels je ne m’attendais absolument pas, d’autant qu’ils venaient de la part de personnes qu’habituellement nous considérions comme des « frères » ! Alors que j’y construisais ma demeure, il s’est trouvé des gens d’Aného qui ont envoyé une lettre anonyme à Eyadema à ce sujet. J’ai appris par la suite que cette pratique de dénonciation anonyme était largement en usage dans d’autres pays africains. C’était le cas, en particulier, au Zaïre dont le modèle Politique impressionnait et inspirait Eyadema. Là-bas, ce genre de lettres était sobrement appelé du joli nom des B.I. ». (« Bulletin d’Information ») ! (Page 88)
  6. A l’occasion de l’inauguration de notre agence de la Caisse à Sokodé, je suis passé le voir au camp militaire et ai insisté pour qu’il vienne l’inaugurer en personne le lendemain. Il m’a remis une lettre : c’était cette lettre de dénonciation. Elle n’était pas signée, mais j’en ai vite reconnu l’auteur. C’était quelqu’un que je connaissais plus que bien et qui, sans qu’on le lui ait demandé, avait pris l’initiative de me dénoncer auprès d’Eyadema ! Le lendemain, Eyadema est effectivement venu à l’inauguration du centre et là, c’était rare dans ses habitudes, il m’a félicité publiquement ; il m’a beaucoup félicité : « Vous voyez ce que Djondo est en train de faire dans son village ? Il n’y avait rien dans ce village et c’est Djondo qui a pris sur lui de commencer à y construire. Voilà ce qu’il faut faire ! Il y a au Togo trop de gens qui parlent, qui parlent, qui parlent sans arrêt et qui, concrètement, ne font rien du tout, strictement rien ! Rien, je vous dis ! Et ces gens viennent tous s’agglutiner à Lomé ! Djondo, lui, ne dit rien. Il ne parle pas. Vous le voyez, non ? Il ne parle pas, il travaille. Ça, c’est le secret de Djondo. Voilà ce qu’il faut faire ! Tout le reste, ce n’est rien du tout ! Rien que des paroles ! » « C’est une charge qui n’a pas de prix ». Ma réponse provoqua de nouveau un gros éclat de rire libérateur auquel personne n’échappa. Eyadema trouva aussi la riposte : « Le montant à payer, tel qu’il est aujourd’hui pour les ministres, n’est pas suffisant pour vous, j’en conviens. Mais, je ne peux pas prendre deux mesures, l’une pour vous, l’autre pour l’ensemble des autres ministres. Bon, j’augmente tout le monde. Vous passez tous à 500 000 ! Mon entrée au gouvernement aura donc été, de manière totalement inattendue, bénéfique pour tous les ministres qui, sans s’y attendre, voyaient leur rémunération passer du jour au lendemain de 300 000 à 500 000 francs CFA ! ». À la première réunion à laquelle j’ai participé, Eyadema me demanda devant tous les ministres : Monsieur le Ministre, comment dois-je vous appeler ? Vous avez occupé tant de fonctions élevées que je me pose vraiment la question ! Dois-je vous appeler « Monsieur le Directeur de la SCOA Togo » ? « Monsieur le Directeur général de la Caisse Nationale de Sécurité sociale » ? « Monsieur le Chef de la Circonscription administrative de Lomé » ? « Monsieur le Président du Conseil économique et social ? », « Monsieur le Président de la Chambre de Commerce » ? ou que sais-je encore ? Un silence profond s’était abattu sur la salle, chacun ayant senti le piège et craignant un incident qui pouvait m’être fatal. Je répondis immédiatement, sans broncher : « Appelez-moi Monsieur Djondo simplement ! » Un gros éclat de rire bruyant et communicateur libéra aussitôt l’assistance soulagée d’avoir échappé au risque d’un affrontement et au spectacle d’une liquidation politique à mes dépens. Une autre fois, peu après ce premier contact, il m’apostropha devant tous les ministres réunis en Conseil : « Monsieur Djondo, moi je ne peux pas vous payer ! À la SCOA, vous gagniez beaucoup d’argent, 3 à 4 millions de francs CFA si mes informations sont bonnes. Ici, combien voulez-vous ? » Ses informations sur mes rémunérations étaient fausses. En réalité, j’avais plusieurs affaires ici et là, et notamment à Brazzaville, qui étaient très rentables. Je trouvai de nouveau la parade : « Monsieur le Président, vous m’avez nommé ministre pour que je sois au service de la nation. (Page 101)
  7. Un jour, c’était en 1984, Eyadema me convoqua. Et lorsque je me suis rendu à son bureau, sans consultation ni préparation aucune et, disons-le franchement, sans aucune manière, que ce soit du point de vue africain ou du point de vue occidental, il m’a annoncé tout de go : « Je t’ai nommé ministre du Gouvernement togolais. Ne te fâche pas. C’est bien pour toi. Tu as déjà beaucoup fait. C’est une marque de reconnaissance, une récompense. Tu peux encore donner beaucoup pour le Togo. J’ai besoin de toi. J’ai vraiment besoin de toi ! Je compte sur toi. » Je tombais des nues ! Complètement. (Page 132)
  8. Ils étaient là tous les deux pour me recevoir, Eyadema et Houphouët-Boigny. Ce dernier a appelé Mahenta Birima Fall, qui avait été nommé directeur général du Fonds de la CEDFAO le 1er janvier 1985. « Il faut donner 10 millions de dollars au projet de Monsieur Djondo! » Formulée ainsi, la demande était plus claire qu’il n’y paraissait au premier regard. C’était clairement un ordre ! Et puis, une telle demande signifie, tout aussi clairement qu’il fallait débloquer cet argent ses passer par la procédure normale. (Page 175-176)
  9. Entre temps, Eyadema avait réuni toutes sortes de gens dans l’intention de leur annoncer que Djondo était en prison. Ces gens attendaient l’annonce d’un grand événement. Ils étaient là à boire du champagne et à manger des petits fours dans l’attente d’un de ces soi-disant « grands événements » dont Lomé était devenu le théâtre, mais sans savoir de quoi il s’agissait. (Page 183)
  10. Quand j’y suis arrivé, on m’a annoncé que le président voulait m’accueillir et organiser un banquet en mon honneur. Il m’a appelé à plusieurs reprises : « Viens manger, je t’attends, j’ai tout organisé ! Viens manger ! » Je lui répondais que c’était impossible et que j’étais fatigué. Il insistait, rappelait et rappelait encore… Finalement, un rendez-vous avait été pris formellement. Lorsque je m’y rendis, une question lui brûlait les lèvres : « Dis-moi, mais qu’est-ce qui t’a poussé à quitter le Togo ? » « Rien, lui dis-je, je me suis senti menacé. Le jour où ma maison a été attaquée par une bande de pilleurs on ne sait pas à la solde de qui, je vous ai appelé ! » Vous m’avez rassuré : « Attends, je t’envoie un hélicoptère, il va arriver incessamment ! » « J’ai attendu… Je n’ai rien vu venir. Mutez-vous à ma place… »

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Voici donc queslques extraits consacrés à la relation de Gervais Djondo et Gnassingbé Eyadema.

Rappelons que « Les Mémoires », L’Afrique d’abord de Gervais Djondo se vend à 15 euros (10.000 FCFA).