Après l’entrepreneur agri digitale Dona Etchri, le cycliste Abdou-Raouf Akanga, l’acte 3 du « parcours créatifs » a accueilli ce samedi 1er juin à Lomé sa toute première femme, la styliste Nadia Karimu-Yessoufou « Nadiaka ». Devant de jeunes entrepreneurs, elle a partagé son expérience dans le domaine de la mode au Togo.

Au-delà du stylisme, c’est un véritable partage de vie auquel ont assisté de jeunes entrepreneurs togolais qui font preuve d’innovations dans l’amélioration du quotidien des populations.



Le déclic

Son talent pour la mode a été détecté très tôt. Toute petite, elle dessinait des modèles pour elle-même, pour ses amies, sa famille… Mais le déclic est venu vers les années 1990, où elle a découvert dans le magazine « Balafon » ramené d’un voyage par son père, une créatrice de mode. « J’ai découvert dans ce magazine une créatrice de mode, Collé Ardo Sow . Elle travaillait sur des pagnes tissés, j’ai parcouru ses créations, je me suis dit, quand je serai grande, je ferai comme elle. C’est le métier que je veux faire ».

De l’informatique à la mode

Après son BAC dans les années 1996, elle s’est confrontée à sa famille dans le choix de sa future carrière. « Ça n’a pas été facile de convaincre la famille, quand je voulais prendre la voie de la mode. Mon père rêvait en ce moment-là que je sois médecin ».

Elle embrassa donc une seconde passion, l’informatique. Certifiée par un Brevet de Technicien Supérieur, elle a travaillé dans une boîte de la place. Puis un passage à DHL internationale Togo (2001-2008) en tant qu’attachée commerciale. Elle a fait plusieurs associations au sein desquelles elle a développé des compétences en communication, relations publiques, leadership, négociations.

Nadiaka a eu sur son parcours à faire également du mannequinat. « J’ai défilé pour des créateurs. Le fait de travailler avec les professionnels de la mode (stylistes, couturiers…) m’a poussé plus dans mon rêve de devenir styliste ».

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La poursuite du « rêve Nadiaka »

En poste à DHL, elle gardait l’ambition d’ouvrir une marque de vêtements pour répondre au besoin vestimentaire des Togolais. L’objectif de la styliste est de créer une gamme de vêtements prêts à porter made in Togo et destinés aux Togolais, aux Africains. « J’ai dû m’inscrire en cours du soir, pour le stylisme. Et pendant 1 an en cours accéléré, j’ai lancé au finish Nadiaka le 20 décembre 2003 », a-t-elle confié.

Elle a réussi à ouvrir sa toute première boutique « showroom Nadiaka ». « Un jour très mémorable pour moi parce que tous les invités avaient véritablement apprécié les créations qu’on leur a proposées ».

Toujours à DHL en 2003, Nadia mettait à profit ses pauses pour s’occuper de sa boutique (présentations de vêtements prêts à porter, réceptions des commandes de clients sur-mesure), et revenait en fin de journée de travail.

EN 2007, Nadiaka ouvre son propre atelier de confection, avec quatre machines mécaniques (communément appelés têtes noires), une machine à surfilage et 4 tailleurs. Elle procédait par le réinvestissement des bénéfices réalisés dans l’achat d’équipement dès réception de commandes beaucoup plus importantes des clients.

Aujourd’hui en 2019, elle travaille avec 10 machines industrielles piqueuses, 2 machines de broderie, 1 machine à surfilage, 8 prestataires (des tailleurs et de brodeurs), une production de 60 à 70 œuvres par semaine. Depuis 2009 jusqu’à ce jour la grande boutique Nadiaka est visible sur le boulevard du 13 janvier

La valorisation de la culture togolaise

Dans sa quête de promouvoir la mode africaine et mettre en valeur les matières locales, Nadiaka a su, au fil des années identifier des tissus qui valorisent notre culture. Pour ce faire, « nous travaillons en collaboration avec les tisserands, qui font les pagnes tissés, dont M. Tchagnao de Sokodé, des pagnes batik, créations batik et Tie-and-Dye, en collaboration avec les artisans « batikeurs » togolais.

Elle utilise aussi les pagnes imprimés woodin made in Africa, « j’adore ce pagne il y a toute une histoire derrière ».

Au rang des évènements initiés par la marque Nadiaka, on retient notamment en 2004, le défilé Reavision, en 2006 Afrimania, en 2009 ligne Nadiakale, en 2013, Nadiaka africa, en 2018, défilé splendeur l’Afrique qui brille. Beaucoup de reconnaissance à l’international pour la styliste et sa marque. Entre autres, le salon africain de la mode et de l’artisanat à Brazzaville au Congo, Accra Fashion Week au Ghana, Fimo 228, Woman night, Bruxelles Fashion Week en 2018… La marque s’est ouverte à l’international par le biais du site internet www.nadiaka.com.

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Les difficultés…

Les difficultés de l’entreprise résident en la recherche de ressources humaines (main d’œuvre de qualité) et en ressources financières. Un problème d’accès à la boutique autour des années 2011, pour travaux sur le boulevard. Durant 9 mois la boutique n’était pas accessible aux clients, le plus sombre moment de la marque.

« Sur les organisations d’événements, c’est tout un parcours du combattant pour nous les stylistes surtout si l’événement est organisé au Togo, les partenaires sont réticents, on n’a pas les subventions qu’il faut, les partenariats qu’il faut sur les évènements mode ».

Les acquis de Nadiaka aujourd’hui

Nadiaka aujourd’hui c’est un atelier de confection stable, un showroom sur le boulevard, du made in Togo, made in Africa sur les créations, un site internet permanent, une clientèle plus fidélisée et dynamique, les contrats de production avec les enseignes de Mode dont une notamment au Canada, quelques contrats de confections d’uniformes d’entreprise au Togo,

Nadiaka demeure la marque qui veut se positionner plus que jamais sur l’international. Le projet est à court terme. Cela passe par le développement de l’unité de production, l’installation de boutiques Nadiaka, des représentations dans les grandes capitales africaines.

« Il faut avoir une vision pour sa propre vie, ensuite avoir le courage de mener à bout cette vision, travailler pour pouvoir atteindre nos objectifs, avoir de la persévérance parce que les difficultés on en rencontre toujours, avoir la foi dans ce que nous faisons, si vous y croyez, vous allez y arriver », a conclu Nadia Karimu-Yessoufou, la directrice de la maison Nadiaka.

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Notons que le concept « Parcours créatifs » est initié par la Cellule présidentielle d’exécution et de suivi des projets prioritaires (CPES). Il s’agit de rencontres périodiques, sous forme de présentation de parcours et d’échanges d’expériences. L’initiative permet aux élèves, étudiants et entrepreneurs d’apprendre davantage sur leurs compatriotes aux parcours exceptionnels.