Voici pourquoi vous devez arrêter d’utiliser Gmail sur votre iPhone

Récemment, Google a annoncé qu’il ne développerait pas de nouvelles méthodes pour suivre les utilisateurs sur ses différentes plateformes et applications sur internet. Si l’on met de côté l’enquête ouverte par la Competition and Markets Authority au Royaume-Uni (autorité de la concurrence outre-Manche) sur les modifications apportées à certaines fonctionnalités de Chrome par Google, les dernières annonces du géant d’internet sont une bonne nouvelle pour la protection des données personnelles. Google rattrape ainsi son retard sur Apple.

La protection des données personnelles des utilisateurs est une philosophie, assez binaire par ailleurs : soit les entreprises considèrent que c’est la bonne démarche à adopter, soit elles estiment que non. Peu importe que vous soyez pro-Apple ou pro-Google, que vous possédiez un iPhone ou un Android ou que vous utilisiez Safari plutôt que Google, vous savez que la protection des données personnelles est l’essence même d’Apple. On ne peut pas en dire autant de Google.

Pour le spécialiste de la cybersécurité chez ESET, Jake Moore, « Apple intensifie ses mesures de protection de la vie privée pour préserver les données de ses utilisateurs. Les données sont la monnaie du XXIe siècle et Apple, comme toujours, sort des sentiers battus dans ce domaine ».

Ces derniers jours, Google a commencé à afficher des labels de confidentialité sur ses applications présentes sur l’App Store d’Apple, notamment YouTube et Gmail, opération pour le moins tardive. En effet, le géant d’internet a cessé de mettre à jour ses applications au moment précis où Apple a imposé aux développeurs d’afficher les labels de confidentialité sur leurs applications. Toutefois, il se pourrait que cela ne soit qu’une simple coïncidence malheureuse.

Ces labels de confidentialité rebattent les cartes dans un monde où les utilisateurs de smartphones et leurs informations personnelles sont devenus un produit alimentant le marché du markéting mobile. Le suivi du navigateur n’est rien à côté de l’exploitation par une application de toutes les informations contenues dans un téléphone afin de déterminer, par un algorithme, la meilleure manière de manipuler l’utilisateur pour qu’il achète des biens et des services.

Certains experts ont suggéré que Google pourrait avoir effectué un travail en coulisses pour réduire sa collecte de données. Cette information semble peu probable. Voici donc une théorie différente : au moment de traverser un champ de mines, il est préférable qu’une autre personne y aille en premier. La tempête médiatique mondiale suivant les résultats du lancement du label de confidentialité d’Apple était ce champ de mines, et Google a pu observer les premiers pas de Facebook dans ce domaine et en tirer des enseignements.

Non seulement les différents faux pas du réseau social ont tracé une forme de chemin, mais ils ont également fait disparaître la tempête médiatique sur le sujet. De nombreux articles ont paru sur le lancement des labels de confidentialité de Facebook et notamment sur les risques de l’application WhatsApp. Cela étant, l’approche tardive et progressive de Google suscite une réaction médiatique bien plus discrète.

Il en va de même pour Gmail, l’application de Google la plus populaire de la rubrique « Productivité » sur l’App Store. Grâce au label de confidentialité, les utilisateurs peuvent désormais voir quelles sont les données collectées et les modalités d’exploitation, de collecte et de traitement de ces données par Gmail, sous réserve, évidemment, de la politique de confidentialité de Google.

À l’instar de Facebook, Google est une machine à récolter des données. Ainsi, lorsqu’il s’agit de plateformes telles que Gmail, reliées à votre compte Google, il existe de multiples façons de collecter vos données et de surveiller votre activité.

Le label de confidentialité de Gmail n’est pas remarquable. Le contraste avec Apple Mail est saisissant. Non seulement les labels de confidentialité de Gmail sont plus longs, mais ils précisent également que l’application collecte vos identifiants pour chaque catégorie de partage de données. Par ailleurs, Gmail est la seule des trois principales applications de messagerie d’iOS dont le label de confidentialité indique que l’application utilise votre identifiant et vos données de localisation pour la publicité tierce.

Selon Google, les données collectées sont utilisées pour « fournir une expérience adaptée et personnalisée à chaque utilisateur, notamment une recherche plus rapide et des recommandations automatiques », et les utilisateurs « peuvent contrôler quelle activité est enregistrée sur leur compte ou supprimer leur activité à tout moment ». Le géant d’internet a également souligné qu’il « n’utilisera plus, dans un avenir proche, l’Identifier for Advertisers (IDFA, identifiant de publicité) ou d’autres informations pour les annonces personnalisées et les mesures liées à la publicité, conformément à la politique d’Apple ».

Sur ce sujet, le PDG de Google, Sundar Pichai, a déclaré : « Nous ne vendons pas vos informations et nous n’utilisons pas d’informations provenant d’applications sur lesquelles vous stockez principalement des contenus personnels, telles que Gmail, Drive, Calendar et Photos, à des fins publicitaires ». Selon le géant d’internet, toutes les informations concernant sa politique de confidentialité des données sont disponibles en ligne.

L’application Gmail peut recueillir la plupart des informations liées à l’utilisation de sa plateforme. Il existe également des champs de données auxquels Google n’a peut-être pas accès, mais que votre téléphone fournit, comme votre localisation, vos contacts ou votre historique de recherche. Si les labels de confidentialité ne sont qu’un indicateur de ce qu’une application peut récolter ou non, ils n’informent pas exactement sur ce qui est pris et dans quel but. Ces labels indiquent simplement ce que les utilisateurs doivent savoir.

Tommy Mysk est l’un des chercheurs qui ont dévoilé que l’application TikTok avait accès au presse-papier d’iOS ou encore que Facebook collectait les liens envoyés par les utilisateurs sur Messenger. Selon lui, « bien que l’application Gmail puisse recueillir davantage d’informations que Gmail sur un navigateur internet, la plupart des problèmes soulevés par les labels de confidentialité sont valables, peu importe l’outil sur lequel vous utilisez Gmail. Les capacités informatiques de Google sont incroyables. »

Néanmoins, si les utilisateurs ne choisissent pas les applications qu’ils installent en fonction, ou au moins en partie, des données collectées, ils envoient un message clair : leurs informations sont ouvertes et tout est possible. Si vous accédez à Gmail sur votre iPhone en utilisant le navigateur ou l’application Mail d’Apple, alors Google recueille moins de données et vous exercez plus de contrôle.

Selon Ian Thornton-Trump, responsable de la sécurité informatique chez Cyjax, en l’absence de tout contrôle « la collecte de toutes ces données peut être introduite dans un modèle d’IA, soulevant ainsi de multiples questions d’ordre éthique. Les achats réalisés pourraient ainsi être utilisés pour obtenir des informations sur la santé, l’état civil, les convictions politiques ou religieuses, les dates de naissance, etc. L’IA fera-t-elle des suggestions grossières, inappropriées ou même offensantes ? »

Il ne s’agit pas de suggérer que Gmail prend des mesures dans ce sens. D’ailleurs, Google précise ne pas exploiter le contenu de Gmail, mais uniquement les métadonnées. Toutefois, les utilisateurs peuvent tirer leurs propres conclusions quant aux algorithmes qui opèrent en coulisses en fonction des publicités qu’ils reçoivent. « Je me demande souvent si le courrier électronique est devenu si bruyant qu’il est maintenant presque ingérable et s’il existe un profilage pour la publicité ? », s’interroge Ian Thornton-Trump.

Gmail n’est pas la seule application de Google à faire l’objet d’un examen approfondi à la suite des révélations sur la collecte de données personnelles. Le label de confidentialité de l’application Classroom, par exemple, est assez déprimant alors que de nombreuses personnes sont obligées de l’utiliser avec la fermeture de certains établissements scolaires.

Pour YouTube c’est encore différent. Le label de confidentialité de l’application est certes mauvais, mais étant donné qu’il s’agit d’une plateforme markéting cela est tout à fait normal. Ainsi, il n’est pas surprenant que YouTube transmette de nombreuses données aux annonceurs. Toutefois, cette démarche n’est pas logique pour les applications de travail ou de communication privée. Ce qui est d’autant plus inquiétant pour les utilisateurs de Gmail, c’est qu’elle est la seule des quatre applications Google (Gmail, Classroom, Meet et Drive) à utiliser vos données pour la publicité tierce.

Selon Andy Yen, fondateur et PDG de ProntonMail, « cela ne devrait pas être une surprise de voir la quantité de données personnelles que Gmail collecte. Tout le modèle économique de Google repose sur la collecte d’autant d’informations privées sur les utilisateurs que possible, au profit des annonceurs et d’autres tiers. Même l’application Mail d’Apple recueille plus de données qu’elle n’en a besoin. Pourtant, il est possible de proposer un service de courrier électronique fiable tout en recueillant un minimum d’informations ».

« Les utilisateurs de l’application Gmail sur iPhone brisent l’écosystème souhaité par Apple. Cependant, comme Apple Mail permet d’utiliser les comptes Gmail, ces dernières révélations pourraient inciter de nombreuses personnes à utiliser l’application Apple Mail à la place de Gmail pour réduire les fuites de données », déclare Jake Moore. En conclusion, supprimez l’application Gmail sur votre iPhone. Si vous conservez votre adresse de courrier électronique Gmail, alors utilisez l’application Apple Mail.

Avec Forbes France.

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