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Coronavirus : le désarroi des migrants africains à Istanbul

Liste de noms dans la main, le Sierra-Léonais Alfa Barrie prend des directions au téléphone auprès d’un ouvrier africain clandestin à Istanbul pour lui livrer une aide humanitaire distribuée aux migrants les plus vulnérables au moment où le coronavirus se propage dans la ville. « Elle se trouve où la maison ? Envoie-moi la localisation. J’arrive », intime-il à son interlocuteur.

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Alfa Barrie travaille avec un réseau de volontaires turcs, le Tarlabasi Solidarity Network, créé il y a huit ans pour venir en aide aux toxicomanes et aux sans-abri mais qui à présent met ses moyens en oeuvre pour protéger les migrants face à l’épidémie de Covid-19 qui a fait près de 1.800 morts en Turquie sur plus de 78.000 cas recensés, dont près de la moitié à Istanbul.

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« Nous leur distribuons des coupons alimentaires, des désinfectants, des masques et des gants », explique le volontaire de l’AFP.

Précautions sanitaires obligent, Alfa Barrie n’entre jamais dans les logements auxquels les aides sont destinées. Le sac est laissé à l’entrée et l’un des  occupants du foyer sort le récupérer.

Les volontaires, portant des masques ou des visières de protection, arpentent des quartiers d’Istanbul à bord d’une voiture dont le siège arrière et le coffre sont remplis de produits qu’ils distribuent aux destinataires figurant sur une liste pré-établie. Trois-cents adresses devaient être desservies rien que pour la journée de vendredi.

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Selon le Tarlabasi Solidarity Network, quelque 80.000 migrants africains, pour la plupart des clandestins, vivent à Istanbul, la tentaculaire capitale économique turque qui compte quelque 16 millions d’habitants. La Turquie abrite près de 4 millions de réfugiés, en grande majorité des Syriens.

Arrivé à destination à l’aide de la localisation reçue sur son téléphone portable, Alfa Barrie, accompagné de deux autres volontaires du groupe, attend au pied d’un immeuble dans le quartier populaire d’Aksaray.

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Idriss Camara, lui aussi de Sierra Leone, descend récupérer son aide mais avant d’en prendre possession il a droit à un discours des volontaires sur les moyens de se protéger du virus.

« Toutes les précautions à prendre sont inscrites ici, c’est en français et en anglais », dit Yasir, un autre volontaire, en distribuant une brochure à un groupe d’Africains rassemblés dans la rue.

« Vous trouverez aussi un numéro Whatsapp que vous pouvez appeler ou y envoyer un message si vous ou vos amis ne vous sentez pas bien. On essayera de vous aider », leur assure-t-il.

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Content de recevoir l’aide offerte par les volontaire, Idriss Camara n’en reste pas moins inquiet en l’absence d’un soutien de l’Etat après avoir perdu son emploi dans le textile en raison de la pandémie.

« Nous avons besoin de beaucoup de choses pour vivre. je ne travaille plus. Tout est fermé, comment pourrai-je survivre », soupire-t-il.

Les mêmes préoccupations hantent Kouna Mori, un Guinéen qui habite lui aussi à Aksaray.
« Ils viennent de nous donner des masques et des gants et aussi du désinfectant, donc c’est pour éviter le truc là, le coronavirus », dit-il.

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Mais « pendant le confinement, on ne travaille pas, donc on a un problème, surtout pour manger. Comme on est un peu nombreux à la maison, il faut que l’on s’associe pour manger entre nous », ajoute-il.

Et il pense déjà au ramadan, le mois de jeûne musulman qui commence dans une semaine. « Si on n’a pas à manger à la maison cela va nous créer des problèmes ».

Le Tarlabasi Solidarity Network, financé par des donations, prévoit de distribuer de l’aide à 5.000 bénéficiaires. « Nous avons livré près d’un quart d’entre eux », affirme l’un de ses responsables, Muhammed Siddik.

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« Les migrants vivent en groupes de cinq ou six personnes dans de petits appartements. Si la pandémie se répand parmi eux, il nous sera difficile de trouver une solution », avertit-il.

Selon lui, un migrant africain est décédé du Covid-19 la semaine dernière chez lui faute de pouvoir se faire admettre à l’hôpital.

Dans le même quartier, neuf migrants africains vivent dans un appartement insalubre dans le sous-sol d’un immeuble.

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Une bouteille de désinfectant est disposée sur un meuble à chaussures à l’entrée, mais se protéger contre le virus n’est pas le seul souci des occupants du taudis.

« Nous mangeons en faisant attention car nous n’avons pas beaucoup de nourriture. Je m’inquiète pour le paiement de nos factures d’eau et d’électricité car nous ne travaillons pas en ce moment », dit l’un d’eux, Chris, lui aussi Sierra-Léonais.



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