Noor Inayat Khan, fille d’un soufi indien, fait l’objet d’un nouveau film intitulé « A Call to Spy ».
Descendante de Tipu Sultan, un dirigeant musulman de l’État de Mysore du XVIIIe siècle, Noor est née le 1er janvier 1914 à Moscou. Elle est la fille du musicien et professeur de soufisme, Inayat Khan, et d’une américaine, Ora Ray Baker, originaire d’Albuquerque. Peu de temps après le début de la Première Guerre mondiale, la famille quitte la Russie pour rejoindre Londres et s’installe à Bloomsbury, où Noor et ses frères et sœurs fréquentent l’école de Notting Hill. En 1920, ils déménagent en France, là où la jeune femme devient une célèbre auteure pour enfants. Après plus de 20 ans passés dans l’Hexagone, et face à la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, la famille décide de retourner au Royaume-Uni.
Bien qu’ils aient été éduqués tels des pacifistes grâce à l’enseignement soufi inculqué par leur père, Noor et son frère Vilayat décident de participer à l’effort de guerre pour contribuer à la défaite des nazis. Comme l’écrivait sa biographe Shrabani Basu, « pour Noor, l’idéologie des nazis et le massacre perpétré contre les juifs étaient fondamentalement répugnants et opposés à tous les principes d’harmonie religieuse avec lesquels son père l’avait élevée ».

Quelques semaines à peine après son arrivée en Angleterre, Noor rejoint la Force féminine auxiliaire de l’aviation de la Royal Air Force, et suit une formation d’opérateur sans fil. Trouvant le travail ennuyant, elle est vite recrutée pour rejoindre la section française de la Direction des opérations spéciales. Elle reçoit ainsi une formation dans plusieurs maisons de campagne en Angleterre. Bien qu’elle soit une étudiante assidue, ses rapports montrent qu’elle n’est pas très athlétique (elle était petite et souffrait d’engelures) et pas très intelligente non plus, ses supérieurs ayant des opinions partagées sur son aptitude à réaliser une mission.
Elle est finalement envoyée sur le terrain en tant qu’opératrice en France, chargée de maintenir les lignes de transmission jusqu’à Londres afin d’aider la résistance et d’empêcher toute mission de sabotage. La tâche implique de rester assise pendant des heures en attendant les messages, de voyager avec un équipement d’identification et de vivre avec le risque de se faire prendre. Une fois envoyé en mission, l’espérance de vie d’un opérateur n’est que de six semaines.
Malgré les appréhensions de ses amis et de sa famille, qui la considéraient inapte à aller sur le terrain, Noor poursuit sa mission. Malheureusement, elle est trahie puis arrêtée par la Gestapo qui l’emprisonne d’abord en tant que personne hautement dangereuse, en la mettant à l’isolement pendant 10 mois, avant de l’emmener à Dachau et de l’exécuter. Noor n’a jamais dit à ses ravisseurs quelle était la nature de sa mission. Après la guerre, elle a reçu la Croix de Georges et une Croix de guerre française avec une étoile en argent.
Son histoire a été racontée pour la première fois dans la biographie de Shrabani Basu, Princesse espionne, parue en 2006. Plus tôt cette année-là, la Grande-Bretagne lui a décerné une plaque commémorative, installée dans le quartier de Bloomsbury. A Call to Spy raconte non seulement l’histoire de Noor, mais aussi celle de deux autres espionnes pendant la Seconde Guerre mondiale : Virginia Hall, une Américaine devenue la principale ennemie de la Gestapo, et Vera Atkins, leur recruteur, qui avait des origines allemandes, britanniques et juives.
Avec Vanity Fair