Qui est Bertrand Badré, ce financier qui murmure à l’oreille d’Emmanuel Macron ?

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Bertrand Badré, un ancien de la Banque mondiale et proche d’Emmanuel Macron, met en garde le président de la République française contre l’explosion des inégalités et le déclin des classes moyennes.

C’est un inconnu parmi les compagnons de route du président. Lui aussi est énarque, ex-HEC parti pantoufler chez Lazard, au Crédit agricole, à la Société générale avant de devenir numéro deux de la Banque mondiale, puis de créer un fonds d’investissement pour le développement durable au Luxembourg.

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Bertrand Badré, 52 ans, a de la bouteille, une foi solide et une conscience aiguisée au fil des temps des ravages de la finance. Il prône, entre autres, une autre manière de valoriser les entreprises, de modérer les rémunérations des dirigeants. Tout est développé dans son nouveau livre, « Voulons-nous (sérieusement) changer le monde ? » (éd. Mame).

A l’évidence, la question s’adresse aussi à celui qu’il appelle « Emmanuel ». Badré a connu Macron la fleur au fusil, « bluffant », avec Brigitte, qui fut la prof d’un de ses enfants au lycée Franklin. Il l’a parrainé, jeune inspecteur des finances désireux d’intégrer, dans ses pas, le prestigieux German Marshall Fund, berceau de ses premiers réseaux américains. Il l’a conseillé quand lui a pris l’envie de devenir banquier d’affaires : « La question qu’il faut te poser, c’est ton rapport à l’argent », insistait le mentor catholique, heureux d’entendre Macron répondre qu’il voulait en mettre un peu de côté puis surtout œuvrer pour l’intérêt général. Lui-même garde un souvenir ému de son passage à l’Elysée, sous Chirac, dans la petite équipe mobilisée sur le développement en Afrique. Badré a ainsi naturellement accompagné l’ascension d’ « Emmanuel », ravi de monter à sa demande, sous Hollande, un groupe informel avec quelques pointures des affaires dont Isabelle Kocher, l’ex-patronne d’Engie, qui venaient secrètement l’éclairer au palais. Il lui a présenté les dirigeants d’ « Ouest-France », des donateurs pour sa campagne.

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« Le changement est en marche, veut croire Badré. Le président a bien saisi les enjeux. »

Etranger au premier cercle des « Mormons », le quinquagénaire n’est pas entré à l’Elysée, mais depuis Washington, où il réside, il n’a jamais cessé de l’alimenter en conseils et en notes. Dans un salon privé de Roissy, entre deux avions, il dessine devant Macron « la courbe de l’éléphant », montrant l’inexorable déclin de la classe moyenne dans les pays développés. Il lui rapporte un dîner surréaliste avec l’héritier d’un empire agro-industriel confessant que sa famille, grâce aux dividendes, n’a jamais été aussi riche, et qu’il ne peut, s’il veut rester compétitif, augmenter ses salariés. Il lui écrit un long topo sur les conséquences des taux zéro : prime aux privilégiés, hausse de l’immobilier, jeunesse pénalisée, fonte des assurances-vie et des retraites. « Intéressant », textote le président. Il charge son ami de préparer le G20 de Biarritz, de coanimer One Planet Lab, censé mettre en œuvre des solutions pour l’environnement.

Mais quand on l’interroge sur les mesures concrètes jusqu’ici lancées pour réformer le système, il cale, cite quelques avancées, comme la loi Pacte. Et la suppression de l’ISF sur les revenus financiers, la fameuse théorie du ruissellement ? « Bullshit, lâche-t-il. Ça ne marche pas comme ça. » Il l’a dit à Macron en espérant un jour être réellement écouté.

Avec Paris Match

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